La construction culturelle de l’amour romantique. Coral Herrera Gómez

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Coral Herrera Gomez est Docteure en Humanités et Communication Audiovisuelle, avec emphase en Etudes de Genre. Elle a soutenu, en 2009, une thèse sur « La construction socio-culturelle de la réalité, du genre et de l’amour romantique »[1], à l’Université Carlos III de Madrid, Espagne. Puis elle a écrit, en 2011, le livre « La construction socio-culturelle de l’amour romantique »[2].

Lorsque j’ai animé l’espace de parole de vendredi dernier et que j’ai exposé ses idées, j’ai bien senti combien elles pouvaient étonner, voire déranger certaines personnes, alors qu’en Espagne, elles sont bien connues de la communauté non-monogame. C’est la raison pour laquelle, j’ai décidé de traduire cet article qui est, à mon sens, extrêmement éclairant sur toute la pensée amoureuse romantique dont nous sommes empreint.e.s, sans nous en rendre compte et de la manière comment elle affecte nos relations, souvent à notre corps défendant, y compris dans des structures non-monogames. ______________________________________________________

Article original paru dans

http://haikita.blogspot.fr/2012/02/la-construccion-sociocultural-del-amor.html

Traduction : Elisende Coladan

L’amour est une construction humaine complexe qui a une dimension sociale et une dimension culturelle qui influencent, façonnent et déterminent nos relations érotiques et affectives.  Tout en influençant également nos buts et nos souhaits, nos goûts et nos rêves romantiques. La sexualité tout comme les émotions sont, certes, des phénomènes physiques, chimiques et hormonaux, mais aussi des constructions culturelles et sociales qui varient selon les époques et les cultures. La construction amoureuse a pour base la morale, les normes, les tabous, les coutumes, les croyances, la cosmovision et les besoins propres à chaque système social. C’est pour cela qu’elle change en fonction du temps et de l’espace. Et c’est la raison pour laquelle on n’aime pas de la même manière en Chine qu’au Nicaragua, ni les Bribri[3]aiment de la même façon que les Semai[4].

De nombreux auteurs défendent l’idée que l’amour est une constante humaine universelle parce qu’il existe dans toutes les cultures et parce que la capacité d’aimer semble faire partie de notre condition. Par exemple, Wilson et Nias (1976)[5] défendent l’universalité de l’amour romantique, en signalant que le phénomène amoureux romantique n’est ni récent ni concerne uniquement notre culture : « Bien que pas toujours vu comme un préalable nécessaire au mariage, l’amour romantique et passionnel a existé en tout temps et en tout lieu ». De leur côté, les anthropologues Jankowiak et Fisher (1992)[6] ont documenté l’existence de ce qu’ils définissent comme « amour romantique » dans presque 90% des 168 cultures étudiées.

L’amour romantique n’a jamais eu autant d’importance dans la vie des êtres humains qu’actuellement. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire de se préoccuper quotidiennement pour sa survie et il est donc possible de dépenser beaucoup de temps et d’énergie pour trouver l’amour de sa vie. Nous le cherchons sur les réseaux sociaux et dans les bars, nous consommons des films romantiques, nous voulons vivre des histoires passionnelles, nous tombons amoureux platoniquement parfois dans la vie, nous nous unissons et nous nous séparons, nous nous oublions et nous recommençons à rêver à une relation idéale.

Grâce à l’impressionnant développement de la communication de masses du XX siècle, l’amour romantique a connu un processus d’expansion progressive jusqu’à s’installer dans l’imaginaire collectif mondial comme un but utopique à atteindre, empli de promesses de bonheur.

Cette utopie émotionnelle collective est imprégnée d’idéologie, même si elle se présente fondamentalement comme une émotion individuelle et magique qui nait au plus profond de nous-mêmes. L’idéologie hégémonique sous-jacente est de caractère patriarcal, et la morale chrétienne y a joué un rôle fondamental, puisqu’elle nous a conduits sur la voie du modèle hétérosexuel et monogame avec une orientation reproductive.

Dans ce sens, l’amour romantique est un idéal mythifié par la culture, mais avec un immense poids machiste, individualiste et égoïste. C’est au travers de l’amour romantique que nous apprenons à entrer en relation, à réprimer notre sexualité et à l’orienter vers une seule personne. C’est par les fictions que nous créons et les contes que nous nous racontons que nous apprenons comment doit se comporter un homme et comment doit le faire une femme. Nombreux sont celles.eux qui suivent ces modèles de masculinité et féminité assez limités, afin de pouvoir s’intégrer avec bonheur dans notre société et trouver un.e partenaire.

La preuve en est que toute l’imagerie collective amoureuse occidentale est formée par des couples d’adultes d’identité de genre différente. Ce sont des unions par deux qui, comme c’est le cas dans la morale chrétienne, sont orientés vers le mariage et la reproduction. De plus, les systèmes émotionnels et affectifs alternatifs (triolisme, amour à quatre ou grands groupes, amour entre personnes âgées, amour entre enfants, amour entre personnes du même sexe/genre o de clases socio/économiques, races ou cultures différentes) continuent à être considérés comme des déviations de la norme et par conséquent, pénalisés socialement.

L’hétérosexualité et la monogamie, dans ce sens, sont perçues comme des caractéristiques normales, c’est-à-dire naturelles, parce qu’elles suivent les diktats de la nature. La Science s’est chargée de légitimer cette vision, allant jusqu’à conclure que le mythe de la monogamie et de la fidélité sexuelle est une réalité biologique et universelle.

Le système patriarcal a eu besoin de mythifier l’exclusivité sexuelle à travers des récits religieux et profanes, même si la monogamie n’est pas un état naturel et qu’elle est pratiquée par peu d’espèces.  Ce qui est paradoxal dans la réification de la monogamie c’est que l’adultère et la prostitution font partie du système monogamique. Ce sont l’autre côté de la médaille, son contraire et à la fois son complément. La fidélité et l’exclusivité sont des phénomènes, dans ce sens, qui portent atteinte au statu quo et à l’organisation de la société en familles fermées.

L’amour, donc, dans sa dimension politique et économique nous est présenté comme un mécanisme du système fait pour se perpétuer. Pour que tout continue de la même façon, les couples hétérosexuels doivent faire venir au monde de nouveaux consommateurs/travailleurs, qui se marient et qui restent à l’intérieur de ce modèle  de famille considéré comme « normal ». C’est pour cela que nous sommes séduits par l’amour mythifié.

Comment est-il possible d’arriver à nous le faire croire ?

Il ne s’agit pas seulement de sexualité humaine, mais également des émotions qui sont politiques et ont une dimension symbolique. Dit autrement, nos sentiments sont prédéterminés et façonnés par la culture et la société dans laquelle nous vivons. De nombreux auteurs ont mis l’accent sur la dimension littéraire de l’amour comme construction de la réalité, ainsi que comme façonneuse d’émotions et de sentiments.  Martha Nussbaum [7] et Antonio Damasio[8]  défendent l’idée que les sentiments et les croyances, les émotions et la raison sont la même chose. Elles sont localisées dans des parties du cerveau qui travaillent ensemble. C’est de la sorte qu’ils comprennent la théorie scientifique tout comme les récits humains comme ayant un rôle important dans la construction socioculturelle des émotions : « les récits construisent en premier lieu et après invoquent (ou renforcent) l’expérience du ressenti » Nussbaum, Martha [9]

La philosophie étatsunienne affirme que les émotions sont apprises dans la culture, à travers les récits et les mythes. Dans les récits, il y a une structure de sentiment, une structure expressive, et une source ou paradigme d’émotions : « les récits sont la source principale de la vie émotionnelle de n’importe quelle culture[10] ». Ce qui est important dans cette théorie c’est l’idée que si les récits s’apprennent, ils peuvent aussi se désapprendre, si les émotions sont des constructions, elles peuvent aussi être démolies. C’est en cela qu’il est important d’analyser les récits : afin de pouvoir comprendre comment et pourquoi nous aimons. L’idée de Nussbaum au sujet des désirs qu’engendrent les récits, est également intéressante : elle affirme que ce sont des réponses au sens de finitude. La peur, l’espérance, l’espoir sont des émotions liées au sentiment que la vie est hors de contrôle et elles expriment une transcendance, une réflexion profonde sur la mort.

La prolifération des récits amoureux sur tout type de supports (chansons, poèmes, tableaux, sculptures, romans, films, feuillets, feuilletons, etc.) est telle, que souvent cela semble être un sentiment qui appartient à la fiction. C’est-à-dire, que cela semble constituer une autre  réalité différente de la réalité suprême. Cela arrive parce que nous nous éloignons de notre quotidien et nous nous nous sentons transportés dans une autre dimension, de la même manière que lorsque nous construisons une fausse réalité, bien que la ligne entre fiction et réalité soit fragile et souvent inconsistante. Une preuve en est le fait que lorsque nous voyons une tragédie amoureuse au cinéma, par exemple, nous pleurons avec les protagonistes qui doivent se quitter pour toujours, nous nous sentons aussi tristes qu’eux. Les récits, dans ce sens, construisent des émotions afin qu’elles soient ressenties et non pas pour qu’elles soient contemplées.

Ces émotions fabriquées ont une incidence sur notre corps de la même manière que les émotions réelles, c’est-à-dire que nous les ressentons dans l’interaction face à face avec nos pairs. Peut-être que cela varie en intensité, mais sa corrélation physique est évidente : les émotions factices font que le rythme cardiaque s’accélère, elles nous font produire des endorphines et crier de peur ou pleurer d’émotion.  Cela n’est pas seulement dû à la capacité empathique humaine, mais aussi au phénomène de projection et d’identification des audiences avec les produits culturels qu’elles consomment. Ainsi, les émotions sont réellement ressenties dans le corps, et nous provoquent des réactions physiques et organiques de la même manière que si nous étions en train de les vivre nous-mêmes. Ces réactions créent des règles de conduite amoureuse que nous apprenons dans les récits et qu’ensuite nous appliquons à notre réalité.

La mythification de l’amour

La plupart des mythes autour de l’amour romantique ont surgi pendant l’époque médiévale, d’autres ont suivi au fil des siècles, et finalement, ils se sont consolidés au XIXè siècle, avec le Romanticisme. Le mythe principal c’est que l’amour est la phase finale des récits : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». La structure mythique de la narration amoureuse est, presque toujours, la même : deux personnes tombent amoureuses, elles sont séparées par diverses circonstances (dragons, forêts enchantées, des monstres terribles) et barrières (sociales, religieuses, morales, politiques). Après avoir surpassé tous ces obstacles, le couple heureux peut enfin vivre son amour en toute liberté. Evidemment, comme tout bon mythe qui se respecte, cette histoire d’empêchements et de surpassements est traversée d’idéologies patriarcales qui remet la mission entre les mains du héros masculin, pendant que la femme attend dans son château pour être sauvée : lui actif, elle passive (le paradigme de ce modèle est la Belle au Bois Dormant, qui a attendu rien de moins, rien de plus que CENT ans).

Dans d’autres récits, au contraire, c’est la bravoure de la femme qui lutte contre l’ordre patriarcal, contre la loi du père,  qui est mise en avant, en lui octroyant un rôle actif, comme c’est le cas de Juliette, Mélibée, Catherine Earnshaw, Emma Bovary, Anna Karenine ou le mythe espagnol de Carmen, femme indomptable que subjugue les hommes. D’après Denis de Rougemont[11] ce qui caractérise notre société c’est que le mythe du mariage et le mythe de la passion sont unis même s’ils sont contraires. La contradiction réside en le fait que la passion est périssable, indomptable, démesurée, intense, contingente et emplie de la peur de perdre l’être aimé. La passion est exacerbée par inaccessibilité et représente dans notre imaginaire l’emportement du délire, l’extase mystique, l’expérience extraordinaire qui transcende la routine quotidienne.  Le mariage, à l’inverse, offre stabilité, sécurité, une quotidienneté, une certitude que la personne est prête à partager avec nous sa vie et son futur. Les deux institutions sont, de ce fait, incompatibles, même si nous faisons tout pour essayer de les unir sous l’ombrelle du mythe du mariage par amour et pour toujours.

Les récits amoureux sont une constante dans les narrations et les mythologies humaines depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Néanmoins, ver le milieu des années 90, il y a eu un phénomène social connu comme « La Révolution Romantique », concept imaginé par la culture étatsunienne. Les années de transition entre le XXe et le XXIe siècles ont été marquées, entre autres évènements culturels, par une augmentation des produits du sentiment. Le premier signe de cette Révolution Romantique, selon Rosa Pereda[12], a été le tournant d’une appétence généralisée envers le roman sentimental et les films qui racontaient des histoires d’amour.

De manière générale, la mythologie romantique a pris une importance fondamentale pendant le XXie siècle, jusqu’à atteindre le statut d’utopie colectivade de caractère émotionnel. Cette utopie nous présente l’amour comme une source de bonheur absolu et d’émotions partagées qui amenuisent la solitude à laquelle l’être humain est condamné. Dans un monde si compétitif et individualiste comme le nôtre, dans lequel les groupes sont fragmentés dans des unités familiales basiques, les personnes trouvent dans l’amour romantique la forme de s’affronter au monde. L’amour est, dans ce sens, un lien idéalisé d’intimité qui s’établit avec une autre personne et grâce auquel nous pouvons sentir que quelqu’un nous écoute, nous appuie inconditionnellement et lutte avec nous contre les obstacles de la vie.

Souvent, être amoureux.euse, lorsque l’amour est correspondu, nous transporte dans un état de bonheur qui est extraordinaire, parce qu’il est chargé en intensité. Dans notre société, cet état de bonheur permanent est un état idéal dans lequel les personnes voudraient toujours être. C’est pour cela que l’amour a autant d’importance actuellement. C’est une forme d’être et de vivre dans un monde où les coups du sort sont amortis. De plus, il propulse notre soif de rêves et d’utopies, parce que nous nous sentons en capacité de surpasser nos peurs et de laisser derrière nous le passé. Et parce que nous croyons que, sous les effets de l’amour, tout est possible, car c’est une force implacable de transformation qui détruit tous les obstacles (les distances physiques et temporaires, l’opposition des familles et même les préjugés au sujet de l’âge, la race, le statut économique des personnes, etc.)

Au niveau narratif et mythologique, l’amour passionnel a été comparé au poison, aux breuvages magiques, à la maladie du corps et de l’âme, aux envoûtements et aux ensorcellements, comme si c’était quelque chose d’étranger à nous-mêmes, qui provoque de fortes réactions émotionnelles échappant à notre contrôle.  L’amour a également été associé à la folie, à l’extase, à la saoulerie,  à la transe et à des crises mystiques : des états mentaux, émotionnels et sexuels qui nous transportent dans d’autres dimensions de la réalité.

Ce pouvoir magiquement a littéralement donné lieu à des milliers de métaphores et de figures littéraires dans lesquelles l’amour est comparé à des ouragans, des tremblements de terre, des inondations, des incendies, des volcans, des abymes océaniques, des déserts, des tempêtes et des désastres naturels de tout type face auxquels l’être humain ne peut rien faire. L’amour a également été comparé avec la mort, l’infinité, l’éternité et l’immensité du Cosmos, parce que ce sont des aspects de la conscience qui sont supérieurs à notre capacité à les assimiler et les recouvrir à partir de notre petit cerveau. L’amour semble alors quelque chose d’incompréhensible et d’incommensurable, tout comme l’existence ou l’éternité.

Le romanticisme est apparu à un moment où, les artistes, au travers de l’amour, ont pris conscience que la mort et la vie sont des processus inséparables. L’amour produit en nous une sensation d’une puissance qui submerge tout notre être, parce qu’elle nous recentre sur nous-mêmes et, dans ce processus, nous pouvons connaitre la réalité à partir de la propre réalité, comme si c’était celle de l’Humanité toute entière. Dans ce sens, l’amour est une force grandiose qui révèle à l’être humain son insignifiance et son court séjour sur terre. C’est ainsi parce que l’amour est un désir d’éternité qui nous balance en pleine figure la précarité de notre existence, notre vulnérabilité et sa petitesse.

La passion amoureuse finit, elle explose avec violence ou s’éteint lentement, mais elle finit, tout comme la vie. C’est en cela que l’amour nous met en relation avec la vie et la mort, c’est pour cela que nous l’expérimentons d’une manière aussi tragique et passionnelle et c’est pour cela que certains auteurs affirment que l’amour est une religion. L’amour, en plus de sa dimension religieuse, a également une dimension mythique, parce qu’il a été idéalisé à toutes les époques et parce que, parfois, il est présenté comme la manière d’accéder au bonheur,  à la plénitude, au vécu le plus pur et le plus authentique qu’il soit du moment présent.

[1] http://haikita.blogspot.fr/2012/09/mi-tesis-doctoral-la-construccion_5938.html

[2] Editorial Fundamentos, Madrid, 2011.http://haikita.blogspot.fr/2011/02/libro-la-construccion-sociocultural-del.html

[3] Communauté autochtone du sud du Costa Rica NDT

[4] Communauté autochtone de Malaisie. NDT

[5] The Mystery of Love : How the Science of Sexual Attraction Can Work for You, Glenn Wilson and David Nias New York Times, NY, 1976  NTD

[6]  A Cross-Cultural Perspective on Romantic Love. Jankowiak, WR and Fischer, EF,  Ethnology 31: 149-155, 1992 NDT

[7] Martha Nussbaum – Paisajes del pensamiento. La inteligencia de las emociones – Barcelona, Paidós, 2008. NDT

[8] Antonio Damasio – El error de Descartes: la razón de las emociones. Andres Bello, 1994. NDT

[9] Nussbaum, Martha. El cultivo de la humanidad. Una defensa clásica de la reforma en la educación liberal (J. Pailaya, Trad.). Barcelona. 2005. NDT Nota Bene: de nombreux ouvrages de l’auteure sont traduits en français.

[10] Nussbaum, Martha – Ibidem NDT

[11] L’Amour et l’Occident, 10/18 – 2001 NDT

[12] El Amor: Una historia universal, S.L.U. Espasa Libros – 2001 NDT

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Le syndrome de la Personne Polyamoureuse Parfaite (PPP). La moscacojonera in Golfxs con principios.

 

polyamory-pedals

A peine sorti du four (publié), à peine traduit!

Cet article viendra certainement « éclairer » mes propos lors du l’Espace de Parole que je vais animer vendredi prochain. C’est pour cela que je l’ai traduit rapidement. Il y a dans le blog de Golfxs une grande quantité d’articles que j’aimerais pouvoir traduire (certains sont traduits en anglais sur le blog lui-même) en français et ainsi les partager avec la communauté francophone. Cela se fera petit à petit …

Bonne lecture et bonne réflexion!

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Le syndrome de la Personne Polyamoureuse Parfaite (PPP)[1]

La Mosca Cojonera in blog de Golfxs con principios.

Original: http://www.golfxsconprincipios.com/en/lamoscacojonera/el-sindrome-de-la-persona-poliamorosa-perfecta-ppp/

Traduction Elisende Coladan[2]

Lorsque nous avons plus de deux relations, un problème fréquent est celui de vouloir être la « Personne Polyamoureuse Parfaite » : prendre soin  le plus possible tout le temps, de toutes les relations, sans que cela ne pose problème. Vouloir absolument que personne ne souffre. Faire en sorte de prendre soin de toutes les relations, répondre à toutes les attentes sociales et personnelles qui demandent de faire attention à tout le monde. Croire que tous les sentiments dépendent de nous-même. Démontrer que c’est une très bonne idée de ne pas avoir choisi la monogamie. Suivre au pied de la lettre tout ce qui renvoie publiquement à la communauté polyamoureuse. C’est-à-dire, comme cela semble logique, ne montrer en public que le bon revers de la médaille, de la même manière qu’il a été difficile de parler de violence dans les couples gays ou lesbiens (on a déjà suffisamment à faire avec la pression à partir de la « normalité » pour laver, en plus, notre linge sale en public).

Voilà pourquoi cette bonne intention de départ : être la « Personne Polyamoureuse Parfaite » a souvent des conséquences négatives.

1 – Oublier ses propres besoins.

C’est habituel d’oublier de prendre soin de son propre espace, de ne plus voir d’autres ami.e.s parce que nous en avons plus le temps. Nous nous occupons déjà des besoins du monde entier mais… quels sont les nôtres ? Nous en souvenons-nous ou sommes-nous centré.es sur nos partenaires parce que nous voulons faire en sorte qu’il.les ne se sentent pas mal ? Prendre du temps pour soi. Revoir ses objectifs dans la vie, sentir si nous nous allons bien, si nous sommes en train de faire ce que nous avons envie de faire. Si nous sentons que l’on court d’une relation à l’autre, en train d’essayer de couvrir tous les besoins qui nous sont étrangers et que nous nous sentons un peu stressé.e … cela n’aidera pas à maintenir nos relations sur le long terme.

  1. Vivre en ayant peur de commettre des erreurs.

Que ce soit pour nous prouver à nous-mêmes que nous savons gérer le polyamour mieux que n’importe qui, que ce soit pour nous sentir et nous montrer comme une personne qui ne connaît pas la jalousie, que ce soit pour présenter notre meilleur profil et que nous sommes toujours de bonne humeur, ou bien pour rendre bien visible le fait que nous avons une source d’amour infini, il se peut que nous vivions dans la crainte de mettre les pieds dans le plat et de faire des erreurs. La mauvaise nouvelle c’est que c’est certainement le cas. Personne ne lit  un « manuel d’instructions » avant d’avoir sa première relation monogame, et il en va de même avec les non-monogames. Il est normal de faire d’abord des erreurs, et ensuite trouver des solutions. La bonne nouvelle c’est que nous ne sommes pas obligé.e de vivre constamment avec ce souci. Celleux qui sont motivé.e.s par le sentiment de culpabilité peuvent courir le danger de croire (ou qu’on leur fasse croire) qu’il.les font volontairement du mal à tout le monde… quand en réalité, c’est le fait d’essayer de contenter tout le monde à la fois (ce qui est impossible, ce dont il.les ne se sont pas encore rendu compte) qui fait que parfois certain.e.s de leurs partenaires peuvent se sentir mal.

  1. Croire qu’il est possible de rendre compatibles des systèmes incompatibles

Parfois nous essayons l’impossible. Et ce n’est pas par égoïsme, mais parce que nous souhaitons  faire plaisir à toutes les personnes que nous aimons, à toutes nos relations et que nous n’avons pas encore découvert que c’est impossible ou très compliqué. En voulant être la Personne Poly Parfaite. Par exemple, si nous pensons à un V, un triangle (une personne X avec deux partenaires A et B), une des tentatives insolubles est de vouloir être à la fois dans un système hiérarchique avec l’une d’elles (A) et dans un non hiérarchique avec l’autre (B). Tôt ou tard, les attentes de A vont entrer en collision avec celles de B, parce que cette personne aura des demandes prévisibles dans ce genre de relation et que celles de B ne seront pas prises en compte.

  1. Ne pas se demander : « Et moi : qu’est-ce que je veux ? »

Au final, la solution consiste – si nous pensons à ce triangle A-X-B –, à ce que X, le sommet de la relation, arrête de se laisser guider uniquement par les demandes qui proviennent de A et B. Il est nécessaire de s’arrêter un moment et de réfléchir : « Et moi, qu’est-ce que je veux ? ». Prendre la responsabilité de nos propres décisions rendra plus facile le fait que les autres relations pourront arriver à des accords avec nous-même, au lieu de se trouver toujours à la merci de facteurs externes qui ne sont pas contrôlables. Quand quelqu’un.e se trouve entre deux demandes incompatibles, il est nécessaire qu’il.le décide ce qu’il.le veut, au lieu de « rejeter la faute » sur son travail, sur son autre partenaire, sur les circonstances qui ne permettent pas de couvrir toutes les demandes qui lui sont faites. C’est simple, mais c’est difficile à admettre : il est impossible de satisfaire tout le monde, tout le temps. Cela pourra arriver de temps en temps. C’est pour cela qu’il est fondamental d’être dans une relation non-monogame parce que cela vient d’une décision qui nous est propre, en sachant ce que cela signifie d’y être et pourquoi nous y sommes.

Parfois, il est nécessaire de décider à qui nous devons refuser quelque chose et d’assumer les conséquences de cette décision. Chose qui n’est pas aisée, surtout lorsque nous avons passé toute notre vie à penser uniquement aux besoins d’autrui, avec toutes les meilleures intentions du monde. Mais avoir de bonnes intentions ne garantit en aucun cas que personne n’aille se sentir mal à l’aise. Quand nous assumons notre propre responsabilité, le résultat est, sur le long terme, contraire à ce qui est attendu : tout le monde saura ce qu’il peut attendre de cette relation, sans dépendre constamment de facteurs qu’il.le ne peut pas contrôler. Et cell.eux qui vivent constamment avec le stress de vouloir donner satisfaction à tout le monde, se sentiront soulagés en étant la personne qui sait ce qu’elle décide, ce qu’elle veut faire et comment elle veut le faire.

Si nous développons une culture dans laquelle chacun.e assume ses responsabilités, peut-être que « les fuites en avant émotionnelles »[3] seront plus difficiles : ce que nous faisons, nous le faisons parce que nous l’avons décidé et cela veut dire que nous assumons les conséquences qui découlent de notre choix. Si nous ne répondons pas, si nous ne pouvons pas aller à un rendez-vous, si nous faisons ce que nous faisons (ou nous ne faisons pas), ce sera parce que nous l’avons décidé ainsi. Quelquefois, nos relations auront la forme qu’elles ont parce que des contretemps inévitables surgiront, d’autres fois il s’agira uniquement d’excuses. À nous de reconnaître notre capacité à évaluer si cette relation est en train de correspondre à nos besoins, savoir les raisons pour lesquelles ce n’est pas le cas et si nous souhaitons la poursuivre …

 

[1] Terme utilisé par Mel Mariposa Cassidy, en 2015, dans un article en anglais sur son blog https://polysingleish.com/2015/02/09/the-perfect-poly-person/. Mais il semblerait que le terme existe depuis plus longtemps. NTD

[2] J’ai utilisé le langage inclusif, ce qui n’est pas le cas du texte original. NTD

[3] Cf. Brgitte Vasallo http://www.pikaramagazine.com/2013/03/romper-la-monogamia-como-apuesta-politica/

 

Ouvrir les amours, fermer les frontières. Brigitte Vasallo

vasalloCollage de Señora Milton

 

Présenter Brigitte n’est pas simple, tellement elle peut être polyfacétique. J’aime son franc parlé, j’aime qu’elle ose dire et ose « se dire ». Parfois jugée excessive, elle dérange, c’est certain.

Je la connais à travers ses écrits, ses apparitions (assez rares en ce moment) sur les réseaux sociaux. J’ai acheté son livre « Porno burka » quand il est sorti (en 2013, déjà!) et (oh la vilaine), je ne l’ai pas encore lu … Il est dans ma « to do list » de livres à lire, qui ne diminue pas, car je n’arrête pas d’en acheter. Nous avons eu de riches échanges via les réseaux sociaux et je pense que nous nous apprécions mutuellement. En tout cas, je l’apprécie beaucoup! La lire me fait un bien fou, avec Coral Herrera Gomez  et Roma, ce sont des femmes dont les écrits m’aident à mieux comprendre qu’est-ce qui se joue actuellement dans la non-monogamie et par là-même, à mieux me comprendre et également comprendre les personnes que j’accompagne en thérapie ou lors de mes espaces de parole. 

(Je traduirai et publierai bientôt ce qu’écrit Miguel Vagamule (thérapeute sexuel et des relations non conventionnelles) du blog Golfxs con principios.)

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Ce texte a été écrit à l’occasion du 14 février dernier (2016), dans la revue Pikara: http://www.pikaramagazine.com/2016/02/abrir-amores-cerrar-fronteras/

Traduction : Elisende Coladan

Nous vivons dans un système qui nous dit que lorsque “l’autre” arrive, ce n’est jamais une bonne nouvelle, que “l’autre” n’a pas sa place dans notre vie. La pensée monogame et la xénophobie partagent la peur panique devant l’altérité.

Aujourd’hui c’est le 14 février, la Saint Valentin et en cette date nous devons parler d’amours. Dans mon cas, de monogamie et de comment nous repensons un système amoureux qui nous remplit de joie au même temps qu’il nous enfonce dans la violence, les trahisons et les exclusions. Aujourd’hui nous avons à parler de polyamour, d’anarchie relationnelle, de comment ouvrir les amours et le faire bien.

Aux frontières de l’Union Européenne, en Slovénie, à Ceuta ou sur l’île de Lesbos, aujourd’hui 14 février, arriveront aussi des milliers de personnes réfugiées et migrantes qui fuient des désastres infinis, des guerres avec des bombardement et des guerres avec  des spoliations économiques, des guerres coloniales, encore, orchestrées par une communauté internationale qui s’occupe uniquement d’intérêts stratégiques, économiques et militaires.

Mais aujourd’hui, il n’est pas de bon ton de parler de cela, ne parlons pas de frontières mais plutôt d’amour. Et, pourtant, peut-être bien qu’il s’agit d’un bon jour pour nous souvenir des implications profondes de l’affirmation  « ce qui est personnel est politique » et nous demander jusqu’où va notre pensée amoureuse critique. Jusqu’où nous osons porter notre forte affirmation de la déconstruction monogame et de l’amour romantique. Quel sens y-a-t-il au-delà de nos vies privées, pour que nous soyons en train de mettre en jeu le cœur et les sentiments afin de construire de nouvelles manières de vivre nos relations.

La pensée monogame

La monogamie, ce n’est pas que des chiffres, ce n’est pas qu’une quantité. Si nous le croyons c’est à cause d’une erreur anthropologique (eurocentrée et androcentrée) qui la définie par opposition à d’autres formes de relations, sans mettre en lumière les dynamiques, mais plutôt la quantité de personnes en cause. A partir de là, nous affirmons que la monogamie c’est deux personnes et la non-monogamie c’est plus de deux (à moins qu’il s’agisse de musulmans et là, nous l’appelons autrement, ce que je trouve moche).

Dans cette obstination sur le nombre, nous perdons de vue que la monogamie ce n’est pas une pratique, mais un cadre de référence, un cadre monogame, ainsi qu’une forme de pensée: la pensée monogame  qui opère, en plus, dans la sphère privée et dans la construction groupale. Une pensée monogame qui gère les amours et qui gère les frontières.

De toute la constellation d’idées qui font partie de la pensée monogame, il y en a deux qui se réfèrent aussi bien à l’immense difficulté d’avoir des relations sexo-affectives multiples, comme à la maltraitance que nous sommes en train de faire subir, en tant que société, à ce que nous définissons l’altérité entre autres, aux personnes réfugiées et migrantes: la peur (la terreur) de perdre et le réflexe défensif de l’exclusion.

Nous construisons des couples de manière identitaire, avec des frontières fermées et hermétiques. Nous sommes un couple, nous ne sommes pas en. Cette forme de construction, nous le savons, répond à un besoin de refuge face à un monde sans miséricorde, depuis un refuge économique face au capitalisme sauvage, jusqu’au refuge émotionnel face à l’immense supermarché des sentiments dans lequel nous vivons, en passant, entre autre, par le refuge sexuel face à l’hyper-sexualisation instrumentalisée des corps à usage unique (prendre et laisser),  parallèlement et paradoxalement, face à la pénalisation de la sexualité (le mono-sexisme, la castration des désirs non-normatifs, la punition de l’expérimentation, la « salopephobie » …).

Et, pourtant, à force de vivre en cherchant à se mettre à l’abri, nous avons perdu de vue quel était le danger que nous étions en train de fuir. Si c’était  la solitude, les relations exclusives ne nous en protègent pas, puisque cette même exclusivité nous impose un régime hiérarchique au-dessus de toutes les autres formes de relations qui deviennent par la même moins importantes et, dans le meilleur des cas, restent dans un second plan . Si c’est le manque de lien, ce n’est pas l’exclusivité qui va garantir la permanence d’un lien, mais bien l’engagement lui-même, qui peut être aussi inclusif d’autres sentiments comme le sont l’amitié ou s’occuper des enfants. La peur de perdre ne se résout par en fermant des frontières pour éviter l’arrivée d’une altérité menaçante, parce que les frontières sont tout juste des coupe-feux qui ne résistent pas longtemps. La peur de perdre se résout en éteignant le feu. En désactivant la menace. En désactivant l’idée d’altérité comme menace.

Sommes-nous en train de parler d’amours ou sommes-nous en train de parler d’états ?

Nous sommes en train de parler de la vie, de la manière comment nous nous positionnons dans la vie, de la manière comment la pensée  monogame, basée sur l’exclusivité et l’exclusion, nous traverse complètement, depuis la sphère privée jusqu’au groupe, dans ce que nous avons en commun.

La possibilité d’avoir des relations dans une dynamique no-monogame déchaîne des attaques de panique à l’altérité. Cette « autre » qui vient nous voler notre tranquillité, notre bien-être, notre quotidien, notre commodité, notre sécurité. Qui vient se mettre en compétition avec nous et nous enlever notre place centrale, avec le privilège et le pouvoir que cette place nous procure. Qui vient nous mettre en danger. Comme l’affirme la culture populaire, en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Et tout y est bon: le combat, l’attaque, la violence et l’auto-violence. Comme cela s’appelle assassiner ta partenaire ou ton ex, sous couvert de jalousie? Comment peut-on en arriver à tuer “l’autre”? Comment nous nous blessons par amour et désamour? Comment nous nous infligeons autant de violence ou nous acceptons autant de maltraitance sous le prétexte de l’amour?

Cette “autre”, qui vient détruire notre vie, ce sont aussi les réfugiées et les migrantes. Qui viennent bouleverser notre tranquillité, mettre en péril notre paix, nos bonnes coutumes, notre richesse, notre culture, notre identité, notre état de bienêtre … Et dans cette guerre, comme dans l’amour, tous les coups sont permis. L’infamie de leur confisquer leurs objets de valeur (?) comme cela se fait au Danemark (mesure à laquelle nous devrions répondre immédiatement en boycottant les produits danois), la brutalité de leur tirer dessus pendant qu’ils se noient comme le fait l’Etat espagnol à sa frontière sud, ou de se moquer de leurs morts, y compris celle de leurs enfants morts, au nom d’une liberté d’expression qui n’est autre que la même violence brutale exercée à travers les moyens de communication, pour ne citer que quelques exemples macabres.

C’est évident que nous ne tuons pas toutes nos amantes et nous ne tirons pas sur les autres aux frontières. Mais le système est là et nous le portons incrusté dans la moindre parcelle de nos vies. Et c’est ce système qui nous dit que l’arrivée de “l’autre” n’est jamais une bonne nouvelle, jamais cela nous apportera de nouvelles énergies, de  nouvelles connaissances, de nouveaux points de vue, des nouveaux liens, jamais cela nous rendra meilleures, ni plus heureuses, ni plus réelles, ni plus lumineuses, ni plus joyeuses. Le système nous dit que l’autre n’a pas le droit d’être.

Dans l’Europe de la décadence, du capitalisme sauvage, des marchés qui sont maitres et seigneurs, de la troïka, de la paupérisation, des expulsions, de la violence à tous les niveaux contre une population chaque fois plus acculée, de la culture hipster du réchauffé et du vintage : nous sommes-nous arrêtées pour penser combien de possibilités de résistance contre la brutalité du monde apportent avec eux les réfugiées? Combien d’alliance se perdent? Combien de possibilités de liens nous sommes en train de dynamiter, aujourd’hui et pour les siècles à venir? Quand nous apercevons, horrifiées, également, épistémicide qui a eu lieu dans ce que nous appelons l’Amérique, toutes les formes de connaissance qui se sont perdues, que nous avons exterminées en même temps que les vies et les mémoires de ces vies. Avons-nous conscience de ce que nous sommes en train de dire au niveau de la pensée, de la connaissance, de la culture sur la Syrie? Même si nous ne faisons que dire Syrie, nous comprenons la dimension de ce que nous disons ?

Rompre la monogamie des frontières

Rompre avec la monogamie c’est dynamiter les frontières, parce qu’elles sont un outil de répression et de haine. Les frontières ne nous protègent pas: elles créent le danger.  Le fantasme même de danger. Rompre avec la monogamie c’est générer de nouvelles formes de relation: ne pas multiplier les mêmes formes, mais les dynamiter pour en créer de nouvelles formes de liens basées sur l’inclusion, sur le droit et le besoin d’être, de vivre, d’appartenir, de construire, de les cultiver ensemble.

Le défi, pour nous qui nous disons polyamoureuses, qui nous disons non-monogames, est de donner un nouveau sens au lien et un nouveau sens de liberté qui échappe aux serres du néolibéralisme, qui reprenne la conscience de l’être-au-monde, du mélange, du métissage, de la contamination croisée comme puissance de vie. Un sens du lien qui nous sache affaiblies sans la présence de cette “autre” que nous refusons de penser comme menace et que nous voulons comme compagne de qui apprendre, en l’incluant dans notre vie, dans notre monde. Cette « autre » qui concrètement se matérialise dans les corps et les vies des amantes, des réfugiées, des migrantes.