Maltraitance, manipulation, abus et violences (physiques et psychologiques), dans les relations alternatives à la monogamie. Elisende Coladan

DSC05413.JPG
Por qué me echaron del cielo. Statue de Julio Nieto

Petit préambule afin de présenter mon expérience et intérêt pour ce sujet :

Je vis des relations non-monogames depuis une bonne quarantaine d’années. D’abord de manière très isolée[1], puis, depuis 2013, au contact de personnes et de communautés les vivant également. J’habite en région parisienne depuis bientôt 9 ans, après de nombreuses années en Amérique Centrale.

Etant franco-catalane, je me rends régulièrement à Barcelone, où je fais partie du groupe Facebook Poliamor Catalunya et je suis en contact avec le collectif Amors PLurals qui se définissent tous les deux comme non-monogames, féministes et pro-féministes. J’interviens/participe régulièrement à certains évènements qu’il.elles organisent. C’est ainsi que j’ai participé aux 1ères Journées d’Amors Plurals (autour de 150 participant.e.s) à Barcelone et l’Eixam dans le Delta de l’Ebre (60è de personnes). J’ai donc pu constater des différences entre la France et la Catalogne où, notamment, je sens qu’il y a une plus forte conscience des problèmes de maltraitance dans les milieux non-monogames [2]. Ce qui signifie qu’elles existent, que le sujet est abordé et qu’on en parle plus ouvertement. La preuve en est l’article écrit en 2014, suite à une conférence sur le sujet, que j’ai traduit et publié en novembre dernier. 

J’organise, depuis fin 2015, chaque mois, un espace de parole autour des relations alternatives à la non-monogamie[3]. J’espère qu’il est réellement un lieu safe et j’invite toute personne y ayant participé de me prévenir, au moindre souci, pendant la réunion ou par la suite. Je reçois également, depuis bientôt deux ans, en consultation, des personnes qui vivent ces relations. J’ai aussi des témoignages spontanés, d’ami.e.s ou de connaissances me racontant leur expérience de relations toxiques et de rencontres avec des personnes qui le sont. J’ai eu personnellement à vivre des situations de maltraitance psychologique, de la part de personnes se disant poly ou non-monogames, ou découvrant ce mode de relation. Cela, soit directement, soit indirectement, à travers de ce qu’elles disaient sur leurs autres partenaires ou leur manière de vivre les relations (mensonges, occultations, tergiversations, manipulations …).  Force a été de me rendre compte qu’il existait bel et bien des cas de maltraitance, parfois même très graves, comme des viols, commis par des personnes vivant ces relations. C’est ainsi que j’ai organisé, fin janvier, un premier espace de parole autour de ce thème[4] et que j’ai proposé ma participation avec une présentation sur ce sujet à la « 2nd Non-Monogamies and Contemporary Intimacies Conference  ».

_____________________________________

La maltraitance, la manipulation, les abus, les violences psychologiques et physiques et le phénomène de l’emprise :

Tout d’abord, il est important de signaler que la maltraitance, la manipulation, les abus et les violences physiques et psychologiques touchent toutes les sphères de notre société. Absolument toutes. Y compris les milieux non-monogames (polyamoureux, anarchistes relationnels ou autres). Pour les personnes qui organisent des évènements concernant la non-monogamie, cela devrait être une préoccupation et une vigilance constante. Pour celles.ceux qui décident de vivre autrement leurs relations et commencent à participer à des événements afin de mieux comprendre comment les vivre, il est nécessaire de se renseigner, d’entendre des témoignages et rencontrer des personnes qui les vivent.  Penser que dans ces configurations relationnelles tout est respect, consensus, communication non violente et amour, n’est qu’illusion et une lamentable méprise. Se sentir protégé.e.s,  parce qu’il y a plusieurs partenaires, est méconnaître la réalité des abus, souvent commis par des proches, sans que personne de l’entourage ne le soupçonne.

Je souhaite également préciser que nous sommes toutes et tous, à un moment ou à un autre de nos vies, manipulatrices/manipulateurs, maltraitantes/maltraitants, violentes/violents, d’une manière ou d’une autre. Que nous pouvons également, toutes et tous, subir cela à un moment ou un autre. Il peut y avoir des relations saines qui, à un moment, deviennent toxiques. Si nous en avons conscience, si nous réagissons, si nous demandons de l’aide (amicale, groupale ou thérapeutique, ou autre), si nous en parlons avec nos partenaires afin de trouver des solutions, il s’agit de situations passagères qui peuvent certes créer des blessures ou des traumas psychologiques (parfois légers, d’autres pas), mais elles ne correspondent pas à des situations réitérées de maltraitance, ni d’emprise. La différence réside en le fait que la maltraitance, les violences psychologiques et physiques répétées, créent une véritable situation d’emprise de laquelle il est difficile de sortir et laissent des traumas importants. Elles peuvent être accompagnées de phénomènes de sidération, de dissociation et de mémoire traumatique. Lorsque cela devient un moyen de fonctionnement répété, habituel, sur la durée, il y a un but : c’est celui de dominer l’autre, de le contrôler, de le maintenir dans un état d’objet. Il est alors question d’emprise.

Il est communément admis, que l’emprise passe par trois grandes étapes que je vais illustrer (comme cela se fait souvent ), par des termes provenant de la pêche, qui décrivent la meilleure manière d’attraper un poisson, donc une proie.

  1. La séduction (ou appât au bout de l’hameçon, c’est-à-dire un leurre : qui est un dispositif destiné à tromper les poissons lors de la pêche)
  2. La déstabilisation (ou ferrage : fait de donner un coup sec du poignet, au moment où l’on sent que le poisson mord et commence à se débattre, afin d’engager le fer de l’hameçon dans les chairs.)
  3. L’emprise (capture : le poisson est pris, détaché de l’hameçon. Il se débat jusqu’à mourir)

Lorsque l’emprise est en place, il n’y a qu’une seule solution : se décrocher de l’hameçon et s’enfuir pour ne pas revenir !   Car il y a toujours reprise de ce cycle (voir le schéma à la fin de l’article), lorsque la personne sous emprise essaie d’en sortir, se débat, confronte et souhaite se sauver, sans y arriver.

L’emprise se base sur des mécanismes qui ont pour but de :

–              Faire douter l’autre de ses propres pensées/sentiments/ressentis[5]

–              Faire perdre ses repères

–              Créer une situation de dépendance

–              Provoquer la peur

–              Faire ressentir de la honte et/ou de la culpabilité

–             Contrôler

Les abus et la violence peuvent causer de la sidération. C’est-à-dire un blocage total qui protège de la souffrance en s’en distanciant. Cela peut prendre la forme d’un état où la personne reste figée, inerte et donne l’impression d’une perte de connaissance ou bien présente une rigidité extrême (poings crispés, mâchoire serrée), ou bien, au contraire, est secouée par des tremblements irrépressibles. Cela peut être suivi par de l’anxiété, des vertiges, des pertes de mémoire, des vomissements. Un sentiment de manque de repères, de la culpabilité, de la honte et de la peur[6]

Et amener à la dissociation. C’est-à-dire à une séparation entre des éléments psychiques et/ou mentaux, qui, habituellement, sont réunis et communiquent. C’est un processus mental complexe mis en place de manière inconsciente afin de pouvoir faire face à des situations douloureuses, traumatisantes ou incohérentes[7].

Bien entendu, il peut arriver que la personne qui vit les maltraitances, se rende compte qu’elle est dans un processus dont il lui sera difficile de sortir et qu’elle arrive à s’en dégager avant de ne plus pouvoir le faire[8]. Bien qu’il arrive encore plus souvent, que la personne qui domine, arrive à lui prouver qu’elle se trompe, que la situation n’est pas ce qu’elle croit et le processus redémarre, comme signalé dans le schéma ci-dessous. Il y a une nouvelle phase de séduction, suivi de celle de déstabilisation. Ce cycle peut se répéter de multiples fois, affaiblissant de plus en plus la personne sous emprise et anéantissant progressivement ses mécanismes de défense. A ce moment-là, il faut souvent arriver à un stade où un élément trop violent l’amène à réagir et à demander de l’aide. C’est là où il est indispensable de la croire et de la soutenir.

Si vous voulez plus d’informations, je vous invite à visiter les sites web de deux femmes formidables et écouter/lire leurs informations sur l’emprise :  Anne-Laure Buffet et  Muriel Salmona [9].

La maltraitance, la manipulation, les abus, les violences psychologiques et physiques dans le cadre de relations non-monogames :

J’ai choisi pour option celle de présenter les caractéristiques ou situations possibles – où la maltraitance peut avoir lieu, de manière répétée et accompagnée, ou pas d’emprise -, liées au contexte des relations non-monogames et également non-hétéronormées. Je les accompagne d’exemples inspirés d’échanges et de témoignages (anonymisés -prénoms fictifs- et recréés : c’est-à-dire que les contextes ne sont pas forcements les mêmes ou bien j’ai regroupé plusieurs expériences du même type en une), que j’ai pu connaître aussi bien dans un cadre personnel que professionnel. Ainsi que de mon propre vécu. Je souhaite souligner que cette présentation est loin d’être exhaustive mais elle est indicative de certains procédés. Elle a pour but de donner des pistes sur les spécificités liées aux relations non-monogames, qui peuvent « faciliter » des relations de maltraitances, afin de les connaître et les reconnaître, aussi bien pour soi-même que pour des personnes de notre entourage, qui vivent ou souhaitent vivre des relations non-monogames.

1 – La hiérarchie :

Nous vivons dans une société patriarcale et hiérarchique. Cela se retrouve également dans les relations non-monogames. Il existe le polyamour hiérarchique[10], qui propose un fonctionnement où il y a une relation principale (avec des privilèges) et des relations secondaires ou satellitaires. Dans ce type de relation, l’oppression, le contrôle et la manipulation peuvent être au rendez-vous. Je tiens à souligner que, heureusement, cela n’est absolument pas systématique, bien que la structure elle-même de ce type de relations, avec une hiérarchie, peut facilement s’y prêter.

Le contrôle :

Dans les relations hiérarchiques, la relation primaire peut imposer certains accords ou fonctionnements aux autres relations, afin d’ainsi garder le contrôle à la fois sur leur propre relation et sur les autres. L’idéal serait que toutes les personnes puissent avoir connaissance des accords et la possibilité de s’exprimer à leur sujet.

Ex :

Dans leur couple, Martin et Pierrette, qui vivent ensemble, ont convenu qu’il leur est possible d’avoir d’autres relations. Leur décision a été prise à une condition, impérative : ne jamais passer de nuit avec l’autre. Martin a une relation avec Jade qui vit très mal cette imposition. Alors, Martin décide de rompre cette relation secondaire en disparaissant (« ghosting[11]« ) et en évitant ainsi à avoir à donner des explications. Du coup, Jade s’inquiète, se demande ce qui est arrivé, culpabilise et déprime.

Le temps :

Dans les relations plurielles, il est très souvent question de la gestion de temps et du manque de temps. Il est souvent difficile d’arriver à gérer plusieurs relations. Ce sujet peut être un élément de pression et de manipulation.

Ex :

Damien a une relation primaire avec Chloé. Ils vivent ensemble. Alicia est une relation secondaire, vraiment secondaire, car après une période « lune de miel », Damien n’a jamais beaucoup de temps pour la voir. Alors qu’auparavant, ils partageaient beaucoup de sorties, maintenant, leur relation est devenu un 5 à 7, chez Alicia, lorsque Damien a le temps. Alicia est célibataire, n’a pas d’autres relations à ce moment-là (même si elle est polyamoureuse), donc facilement disponible. Lorsqu’elle essaie de s’exprimer Damien n’a pas le temps. Il ne répond pas. Leurs échanges se font uniquement par SMS pour prendre ou annuler (de plus en plus souvent) leur rdv ou lorsque Damien lui envoie des « sextos ». Damien prétexte des soucis de gestion de temps entre son travail, sa relation primaire et ses autres relations secondaires. Reproche à Alicia son manque de compréhension, l’accuse de « monogamie » car elle n’a pas d’autres relations que lui et l’incite fortement à aller voir ailleurs, tout en lui disant qu’elle en est de toute façon incapable[12].

2 – Les non-dits :

Il est souvent admis que dans les relations plurielles, il y a consensus et transparence, notamment quant au nombre des relations, qui elles sont et de quel type de relation il s’agit : purement sexuelle, affective, sexo-affective. Qu’il est bon de dire, mais de ne pas tout dire. Par exemple, de ne pas donner des détails sur la sexualité. Ceci étant posé, il arrive qu’il existe des non-dits qui peuvent venir envenimer les relations.

Ex :

Melissa est en relation avec Toby, qui a déjà une relation avec Béatrice. Les deux sont au courant, mais Toby ne parle pratiquement pas de cette autre relation sauf pour s’en plaindre. Notamment de sa jalousie. Ce qui pose question à Melissa. Par ailleurs, elle ne sait jamais quand ils se voient, ni même s’ils se voient, mais trouve régulièrement des traces de Béatrice (ou d’une autre femme ?) chez Toby (qui vit seul) : cadeaux, linge et autres divers objets. Elle culpabilise à la fois du fait que sa relation avec Toby puisse rendre malheureuse Béatrice et vit mal, ce qu’elle considère comme « un marquage de territoire ». Elle se pose de multiples questions, d’autant plus qu’elle est très franche avec et au sujet de ses autres relations. Quand elle essaye d’expliquer que cela la dérange, elle n’est pas entendue et se trouve confrontée à un mur de silence. Elle n’arrive pas exprimer son ressenti, qui est nié ou considéré comme outrancier.

3 – Le/la « mentor » :

Il peut s’agir d’une personne très active dans le milieu non-monogame, qui s’exprime très bien au sujet des relations plurielles. Elle a beaucoup lu sur le sujet, elle peut animer ou pas un café ou autre espace poly, peut-être écrit-elle également, fait des vidéos, a une page Facebook ou un blog.

Ou bien encore, tout ce qu’elle connaît n’est que théorique et elle va le mettre en pratique avec quelqu’un.e dont elle sera initiatrice.

En tout cas, c’est une personne qui a un discours cohérent et très structuré sur ce thème. Attention : je ne veux pas dire par là que toute personne qui « initie » une autre aux relations non-monogames, ou anime un espace poly, soit une personne qui peut devenir « malveillante » ou dangereuse. Je signale juste que cette situation peut permettre de la maltraitance, sans que personne ne s’en doute, comme dans les exemples que je donne.

Relation non-monogame :

Ex :

Déborah est ouvertement non-monogame, elle a une relation principale, d’autres partenaires et elle est très active dans différents groupes. Un jour, elle rencontre Sylvain, qui est également très actif. Ils commencent une relation très visible partout (notamment dans les médias et sur les réseaux sociaux), qui a l’air faite de dialogue et de bienveillance. Sauf que dans l’intimité Sylvain est manipulateur, abuse sexuellement à de nombreuses reprises de Déborah, la critique, la dévalorise et trouve toujours de très bonnes raisons pour se justifier. Elle commence à douter d’elle-même, fait toujours bonne figure en public et se montre très attentionnée envers lui. En même temps, elle s’efface, prend de moins en moins la parole, maigrit, sans que personne ne s’en rende compte. Y compris son partenaire principal et ses autres relations.

Relation mono-poly[13] :

Ex :

Cyrille est non-monogame de longue date lors de sa rencontre avec Dominique. Dominique a toujours été monogame. Mais, c’est « la passion ». Cyrille a clairement signifié à Dominique que la monogamie ne lui convient pas et que dans leur relation, Dominique doit accepter ce fait. Dominique y consent par peur de perdre Cyrille, mais le vit très mal. Alors Cyrille part dans de grands discours sur la liberté relationnelle, sur son besoin d’avoir plusieurs relations, sur le fait que Dominique est un esprit étriqué qui ne comprend rien au polyamour ou à l’anarchie relationnelle, qu’il faut lire et encore lire, s’informer, aller à des rencontres polys (où Dominique n’arrive pas à se sentir bien et se contente d’observer sans rien dire) et apprendre à gérer ses sentiments. Cyrille fait de constants reproches et parle beaucoup de la « jalousie » de Dominique, qui perd de plus en plus confiance, qui culpabilise de ne rien comprendre aux relations non-monogames, qui se sent rien du tout face à Cyrille. Finalement, Dominique se décide à avoir d’autres relations et là Cyrille souhaite l’aider « à les gérer », en lui montrant la moindre erreur, le plus petit faux-pas. Dominique finit par rencontrer une personne monogame et décide de quitter Cyrille, en jurant que la non-monogamie ça ne marche pas ! Cyrille se montre extrêmement méprisant.e notamment devant toutes leurs amitiés communes.

4 – Le secret :

Lorsqu’on vit des relations dont il n’est pas possible de parler librement et que cela ne se passe pas bien, il est très difficile de se confier à des personnes (amitiés, famille, psy …) qui vont soit ne rien vouloir entendre, ni comprendre, soit répondre qu’évidemment cela ne marche pas, puisque ce sont des relations aux choix « immatures, immoraux, inacceptables, … ». Dans ce cas, bien des personnes préfèrent ne rien dire sur leurs choix de vie et les gardent secrets.

Si nous prenons l’exemple de Dominique dont je viens de parler et qui dans mon histoire, a fini par s’en sortir, il est évident que, n’appartenant pas au milieu « poly » et ne s’y sentant pas bien, il est difficile dans ce cas, d’y trouver du soutien. Notamment parce que Cyrille est d’une grande éloquence et prend toute la place. Tout comme il est difficile d’en parler dans un autre environnement, car ce sera immédiatement questionné.

Mais il peut y avoir également d’autres situations :

Ex :

Anastasia a toujours senti que la monogamie ne lui convenait pas. Après plusieurs relations où l’infidélité est arrivée à un moment ou un autre (où elle a toujours caché le fait qu’elle avait plusieurs relations), par une émission télévisée, elle découvre le polyamour. Après de nombreuses lectures, elle se décide à vivre ainsi ses relations, tout en ne disant rien sur ce fait, à son entourage. Un jour, elle rencontre une personne comme Cyrille et un processus similaire (à celui évoqué précédemment),  va se mettre en place. Déstabilisée, déboussolée, elle ne sait pas à qui se confier, car elle n’a parlé à personne et n’arrive pas à en parler, du fait qu’elle n’est pas monogame. Elle garde son mal-être pour elle-même et tout en ayant plusieurs relations, au lieu de s’épanouir, dépérit, ce qui a des effets sur sa vie professionnelle. Cela se termine par un « burn-out », dont la raison première est l’impossibilité d’exprimer ce qu’elle vit dans sa vie personnelle.

5 – Le problème d’être dans des relations hors du système :

Souvent, aussi bien dans le milieu poly que dans un environnement monogame, le fait d’avoir une relation différente fera qu’il sera beaucoup plus difficile d’en parler et d’être entendu.

Ex :

Paul a deux relations dont une abusive, mais il s’agit d’une personne monogame. Il essaye d’en parler dans le milieu poly et avec son autre partenaire, mais ce qu’il entend c’est que c’est normal puisque l’autre n’est pas non-monogame. Parallèlement, lorsqu’il en parle à sa famille, cette personne est encensée car justement monogame. Son psy, considère que la non-monogamie n’est pas quelque chose de sain, ni d’équilibré, que les personnes qui vivent ce type de relations ne le sont donc pas et qu’il devrait en sortir afin de trouver une personne (et une seule) qui lui convienne vraiment. Du coup, il est complètement déboussolé et ne sait pas à qui se confier.

6 – La jalousie (et l’envie) :

Je distingue toujours la jalousie de l’envie , souvent confondues. Je trouve par ailleurs, essentiel de donner des définitions des 2 :

  •       La jalousie est liée à la possession de la personne avec qui nous sommes en relation sexo-affective. Il s’agit alors de la peur de perdre l’affection de cette personne au profit d’une autre ou d’être remplacé.e dans la relations par un.e autre :

Ex : Y. commence une relation avec Z. alors qu’il est déjà avec X. et X. a peur d’être abandonné.e car il imagine Z. mieux que lui/elle.

  •        L’envie est liée au fait de désirer des objets, des activités, un lien affectif ou sexuel, que la personne avec qui nous sommes en relation a avec d’autre.s personne.s :

Ex : Y. a décidé de partir en week-end avec Z. dans un lieu où X aimerait aller avec Y. Du coup, X. ce sont très mal, souffre de ne pas pouvoir vivre la même chose.

Sujet récurrent dans les discussions autour de la non-monogamie. Souvent montré comme à l’origine de beaucoup de souffrances. La jalousie est souvent montrée comme mécanisme de contrôle. Elle peut être aussi un outil de manipulation, lorsque la personne jalouse se montre comme victime de ses « pulsions ». Cela peut avoir lieu aussi bien dans relations hiérarchiques où il y a un couple central et des relations secondaires que dans d’autres configurations avec des métamours  :

Ex :

Amandine est ouvertement non-monogame. Elle a plusieurs relations et semble toujours ouverte à en avoir. Elle est en relation primaire avec Boris (mais ils ne vivent pas sous le même toit) qui a aussi d’autres relations et est ouvert à en avoir. Boris ne montre pas de signes de jalousie lorsque Amandine lui parle de ses autres relations ou lorsqu’elle est avec elles. Par contre, à chaque fois que Boris a une relation, cela pose problème à Amandine. Elle change constamment les manières de procéder qui ont été établies en commun. Parfois elle veut tout savoir, tout, tout, en détail, d’autres elle ne veut pas savoir, mais ensuite pose mille et une question. D’autres encore, elle ne dit rien pendant des semaines puis, tout à coup, fait une crise juste avant que Boris n’aille rejoindre une autre relation. Amandine est constamment sur son téléphone. S’il y a un retard de 5 mn, un quelconque changement (par exemple Boris souhaite rester plus longtemps avec une autre personne) elle panique. Il arrive que Boris soit obligé d’annuler un rdv pour calmer Amandine ou bien, arrive en retard et raccourcisse le temps passé avec son autre relation, car il a dû s’arrêter en chemin pour calmer Amandine qui a des crises d’angoisse. De cette manière, Amandine s’assure d’avoir toujours sa place principale. Boris a dû rompre plusieurs relations à cause de la jalousie d’Amandine et depuis un certain temps, il a pris la décision, de ne rien dire quand il va à un rdv, tout en ayant peur qu’Amandine ne s’en rende compte.

Parfois Boris fatigue, a envie de quitter Amandine, mais à ces moment-là, Amandine devient très compréhensive, n’a plus de crises, n’angoisse plus, reste ferme sur les décisions prises (par exemple, ne rien dire jusqu’à ce qu’une nouvelle relation soit bien établie). Mais cela ne dure jamais longtemps et le cycle recommence.

7 – Les enfants :

Tout comme dans les relations de couple marié ou lorsque l’enfant a été reconnu, l’enfant peut être l’objet d’abus lui-même mais avec en plus le facteur qu’une personne qui s’en occupe n’a pas l’autorité parentale pour pouvoir intervenir, parce qu’elle n’en a pas le pouvoir légal, parce qu’elle ne s’en sent pas le droit, à cause du fait que le type de relation est « hors-normes » sociales et légales. Ou bien encore, l’enfant peut être l’objet de chantages et de pression et si une personne n’en est pas officiellement tuteur ou reconnu comme géniteur.trice, les ponts peuvent être coupés.

Ex :

Matilde a eu un enfant avec Daniela, les deux sont reconnues comme mères car mariées. Le géniteur est Patrice, un homme pansexuel et polyamoureux. Il ne reconnait pas légalement l’enfant à la naissance, ce qui a été convenu dès le départ, à la demande de Daniela. Mais il souhaite s’investir affectivement en tant que père. Matilde subit des violences psychologiques de la part de Daniela. Patrice essaie de la protéger, de faire valoir le fait qu’il est le père de l’enfant. Daniela fait en sorte de couper tous les ponts. Elles partent vivre dans une autre ville sans laisser d’adresse.

Matilde et son enfant sont en danger. Patrice se retrouve impuissant, sans aucun recours légal pour intervenir et sans nouvelles de son enfant.

Je pense qu’il est tout à fait possible de continuer la liste. Moi-même j’aurais pu le faire, cependant elle est ici pour donner des pistes sur les spécificités liées aux relations non-monogames, qui peuvent « faciliter » des relations de maltraitances, afin de les connaitre et les reconnaître, aussi bien pour vous que pour des personnes que vous connaissez, qui vivent ou souhaitent vivre des relations non-monogames.

(Si vous connaissez ou avez vécu d’autres situations, n’hésitez pas à les partager, de manière anonyme, en commentaires, car cela pourra aider d’autres personnes qui s’y reconnaîtront et à donner votre avis sur cet article, qui est certainement améliorable).

Que peut-on faire dans les milieux non-monogames et depuis l’extérieur pour déceler, éviter et intervenir ?

La première chose est d’avoir conscience que, comme je l’ai expliqué au tout début, la maltraitance, la manipulation, les abus et les violences physiques y psychologiques touchent toutes les sphères de notre société patriarcale. Absolument toutes. Y compris les milieux non-monogames. Le nier c’est être dans le déni et donc mettre en péril un grand nombre de personnes qui, ingénument, se croiront en sécurité dans des relations où tout ne serait « qu’amour et bienveillance ».

Voici quelques pistes pour rendre plus « safe » les événements « poly »:

  • Ecrire, publier, distribuer et/ou lire une charte avant chaque évènement.
  • Désigner des personnes (avec une formation si possible concernant l’accueil de la parole des personnes ayant subi des abus[14]) auxquelles s’adresser lors des évènements et/ou par la suite.
  • Croire en priorité les personnes qui témoignent de violences et bannir systématiquement les personnes responsables desdites violences[15].
  • Avoir une liste de thérapeutes « poly-friendly» à qui s’adresser.
  • Observer si le comportement d’une personne (notamment dans une nouvelle relation) est en train de changer ou si quelqu’un.e refuse de s’adresser à un.e autre ou si une personne très présente, ne participe plus à des évènements (sans raison apparente ou sans explication) et aller lui parler.

Pour savoir comment faire de manière individuelle, alors que nous sommes en dehors d’une relation abusive ou toxique, mais nous pensons qu’elle existe ou nous en avons des preuves, je vous propose de lire l’article (notamment la fin) de Golfxs con Principios que j’ai traduit et publié en novembre dernier.

ob_651e5a_17155673-10211955134061343-84932990255

https://payetoncouple.tumblr.com/

____________________________________________________

[1] Ignorant l’existence de la polyamorie et des communautés autour des relations non-monogames.

[2] Dans le groupe Poliamor Catalunya, au moindre doute, une personne est bannie après décision prise entre les administrateurs.trices. Le premier soir de l’Eixam a commencé par un atelier sur le consentement. Des « mentors » ou personnes de référence ont été désignés pour répondre aux différents problématiques possibles pouvant se présenter pendant le week-end.

Pour la France, il suffit de lire les réactions sur le site http://polyamour.info/ à la publication de la traduction que j’ai faite de l’article de Brigitte Vasallo « Polyamour et « polyfake » pour se rendre compte du rejet et du déni qu’il existe, concernant ce thème.

[3] https://www.conseil-sexualites-elisende.com/espace-non-monogamies/polyamour/anarchie-relationnelle/

[4] En plus des témoignages, déjà recueillis dans le cadre de ma pratique professionnelle de patricienne en sexothérapie, lors de cet espace, d’autres personnes ont parlé et m’ont apporté de nouveaux éléments, qui m’ont permis de compléter cet article. Je les en remercie très sincèrement.

[5] En changeant des propos (« gaslighting »), en copiant certains comportements pour les détourner ensuite, en utilisant des injonctions paradoxales (connues également sous le terme de double contrainte, « double blind » en anglais), en niant les faits et/ou en se défendant devant la présentation des faits réels de maltraitance.

[6] . https://cvpcontrelaviolencepsychologique.com/2014/09/24/etat-de-sideration-definition/

[7] https://cvpcontrelaviolencepsychologique.com/2014/09/25/etat-de-dissociation-definition/comment-page-1/

[8] Notamment, si elle a déjà pris conscience d’avoir été sous emprise auparavant et qu’elle a réussi à s’en sortir par le passé.

[9] http://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/introduction.html

http://www.memoiretraumatique.org/violences/introduction.html

[10] « Schéma de relation utilisé par certain-e-s polyamoureux-ses pour décrire différents degrés d’engagement avec leurs partenaires. Une relation primaire implique un plus grand engagement qu’une relation secondaire, qui elle-même implique plus d’engagement qu’une relation tertiaire. Cependant la définition de cet engagement est très variable d’une personne à l’autre, mais implique souvent une combinaison d’un engagement émotionnel, un engagement logistique (vie ou finances en commun, enfants, etc.), et des règles limitatives sur les autres relations (par exemple d’arrêter une relation secondaire si elle « menace » une relation primaire). » http://polyamour.info/lexique/

[11] Le fait de ne plus donner signe de vie, de disparaitre du jour au lendemain, pour éviter la confrontation d’une rupture et ne pas avoir à se justifier.

[12] Injonction paradoxale.

[13] Une personne polyamoureuse en relation avec une autre personne qui est monogame.

[14] Attention aux personnes qui, avec toute la meilleure volonté du monde, mais sans formation, peuvent envenimer une situation au lieu d’offrir un accompagnement d’écoute bienveillante et de soutien.

[15] Quitte à se tromper, il est plus important de protéger les victimes ou futures victimes que de froisser quelqu’un parce qu’on l’aura banni.

Publicités

La jalousie dans les relations alternatives à la monogamie. Elisende Coladan

Traducció al català sota l’article en francès

Adrià Gual – La Rosada – 1897 – MNAC – Barcelona20150312_131725-2

La jalousie est un thème récurrent lorsqu’il s’agit de relations sexo-affectives[1]. En ce qui concerne les relations monogames, elle est considérée comme faisant partie des relations amoureuses, notamment romantiques. Elle est même souvent vue comme un corollaire. Il y a cette idée que « si on n’est pas jaloux, on n’aime pas vraiment ». Tout cela s’accompagne de son lot de souffrance, de malaises, de non-dits et de secrets, avec des infidélités[2] et l’adultère[3]. C’est un aspect de la pensée monogame dans laquelle l’autre vient nous compléter, combler des vides, répondre à des attentes, satisfaire des besoins (affectifs, sexuels, économiques ou autres) et où il n’y aurait besoin de personne d’autre que cet alter ego, cette moitié, cette « âme sœur », « cette flamme jumelle », qui nous comprendrait sans besoin de parler, qui irait jusqu’à devancer nos désirs.

Même si nous vivons des relations non-monogames, n’oublions pas que tout notre environnement se base sur ce type d’idées qui se retrouvent un peu partout dans les publicités, les films, les séries, les romans, les articles sur les relations amoureuses et/ou sexuelles et dans nos institutions y compris[4]. Dans ce sens, il n’est pas étonnant que même si en théorie, l’idée de jalousie pourrait paraître incongrue du moment où nous souhaitons vivre des relations plurielles égalitaires, dans le dialogue, l’échange et dans la bienveillance, nous nous retrouvons face à des sentiments contrastés, qui s’apparentent fort à ceux de la jalousie.

Chaque situation peut avoir des expressions multiples, que j’illustre avec quelques exemples (en italique), qui peuvent aller de :

  • La culpabilité : qu’est-ce que j’ai fait pour que l’autre personne veuille être (ou passer plus de temps), avec quelqu’un d’autre que moi ?
  • La douleur : le.la savoir avec une autre personne me fait du mal et par conséquent je souffre.
  • L’insécurité : savoir l’autre avec quelqu’un.e fait que je ne me sente pas en sécurité dans la relation. J’ai peur qu’il.elle me quitte.
  • La peur d’abandon : cette sensation que l’autre peut partir ailleurs et me laisser seul.e.
  • Les demandes excessives : je voudrais que l’on passe encore plus de temps ensemble, alors que je sais que c’est compliqué/difficile pour l’autre.
  • Le doute, la suspicion : je n’arrive pas à faire confiance, je souhaite tout savoir en détail.
  • La négation : je ne veux rien savoir, parce qu’ainsi je ne souffre pas, alors que si je m’informe, je souffre encore plus. Ce qui peut être une forme de fuite : ne rien savoir plutôt que d’affronter une réalité qui « dérange » et travailler sur ce qui se passe pour la vivre le mieux possible.
  • L’insécurité : je ne suis pas suffisamment intelligent.e, joli.e, intéressant.e, pour que cette personne ne veuille être qu’avec moi et du coup aille voir ailleurs.
  • La honte : je suis dans des relations non-monogames et pourtant j’éprouve de la jalousie, alors je m’empêche de l’exprimer.
  • La déstabilisation : je sens que l’autre change quand il a une nouvelle relation et cela me demande à chaque fois un temps d’adaptation plus ou moins long, plus ou moins difficile à gérer au niveau des émotions.

à bien d’autres…

Mais, justement, s’agit-il réellement de la jalousie ? Et, au fait, qu’appelle-t-on jalousie ? Sous ce mot, il y a différents éléments que l’on regroupe sous « le parapluie » de la jalousie et qui n’en sont pas forcément. Je vais en donner quelques exemples. Seule la première définition correspond à la jalousie.

Jalousie mot valise :

La jalousie : un désir exclusif de possession de l’autre ainsi que de son affection et de son temps. Dans ce sens, toute personne (ou une action, ou une chose : un sport, travail, etc) qui prend de la place dans une relation, ou qui est suspectée de le faire, provoque un mal-être.

Autres aspects considérés comme jalousie:

  1. L’envie : un désir de possession matérielle ou physique. C’est-à-dire, vouloir posséder ce que l’autre personne a et partage. Par exemple, une personne ne va jamais dans certains lieux, ou ne partage pas certaines activités avec nous, mais avec d’autres/un.e autre.s.
  2. Le mensonge, la trahison, la dissimulation : avoir une nécessité de savoir ce qui passe, ce qui arrive, d’une clarté, de dialoguer car il y a l’intuition que quelque chose n’est pas dit. Le cas le plus fréquent étant donc les relations cachées, secrètes, ou non explicitées (il.elle dit que c’est un.e ami.e mais la relation est aussi sexuelle ou bien, il.elle dit qu’ils.elles sont allé.e.s au cinéma et en fait ils.elles étaient chez lui.elle, …)
  3. Vouloir protéger, « sauver », prendre soin de l’autre personne et essayer de lui éviter les relations que nous jugeons potentiellement ou réellement nuisibles pour elle, son environnement (ses enfants), pour elle ou pour nous-mêmes.
  4. Des attentes non abouties: par exemple, vouloir voir très souvent quelqu’un.e qui ne le peut pas ou ne le souhaite pas, que ce soit pour des raisons de travail, de besoin d’espace pour elle/lui ou de solitude, d’avoir d’autres relations sexo-affectives, de passer du temps avec d’autres personnes quelles qu’elles soient.

Et puis, il peut y avoir toute sorte de situations qui peuvent être interprétées comme de la jalousie et qui n’en sont pas forcément. Par exemple, avoir besoin dans certains espaces nouveaux d’être rassuré.e par la présence de notre partenaire et vivre mal de se retrouver seul.e à ce moment-là, alors que lui.elle communique facilement avec de nouvelles personnes[5]. 

Dans toutes ces situations il y a une notion transversale qui est celle du « droit de regard » (cf article de Père Picornell https://nonmonogamie.wordpress.com/2016/09/08/le-droit-de-regard-la-potestat-pere-picornell-amors-plurals/). Pourquoi, par le seul fait, d’être en relation sexuelle et/ou affective, nous nous octroyons le droit de savoir ce que l’autre fait, avec qui il.elle est, où il.elle est ou va, … Alors que cela fait partie de la liberté individuelle de chaque personne de pouvoir disposer de son temps, de rencontrer qui elle souhaite et de circuler librement. Pourquoi, par le seul fait d’être en relation avec quelqu’un.e nous devrions connaître tous ses faits et gestes, donner notre avis sur ce qu’il.elle fait ou pas, établir des contrats avec des limites et/ou des restrictions ?

Comment arriver à résoudre ces conflits :

Déjà, il me semble important d’arriver à déterminer où nous nous situons, dans les différentes formes d’expressions présentées ci-dessus, de ce qui est communément compris comme jalousie. Tout comme en reconnaître les expressions. Les identifier est déjà un premier pas pour pouvoir les gérer et vivre les relations plurielles sans (trop) en souffrir.[6]

Ce n’est qu’ensuite qu’il est possible de travailler sur ce qui les provoque. Dans ma pratique, lors des consultations, je travaille souvent avec une perspective intergénérationnelle (générations vivantes) et transgénérationnelle. Je peux l’expliquer de la façon suivante : lors d’une problématique présentée, des éléments comme des secrets, des non-dits et des répétitions apparaissent. Par exemple, une arrière-grand-mère née d’un adultère et cela a toujours été caché, parfois accompagné d’un sentiment d’injustice (mère devant l’élever seule et se retrouvant rejetée par la société, mère devant épouser quelqu’un qu’elle ne voulait pas, pour qu’il reconnaisse l’enfant, mère qui avorte pour que cela ne se sache pas …). Autre possibilité : un.e ancêtre qui a souffert des nombreuses « relations cachées » de son/sa conjoint.e. L’une ou l’autre de ces situations peuvent se retrouver chez une personne vivant très mal la – ou les autres – relation.s de son.sa partenaire, alors qu’en théorie, elle vit et souhaite même, bien vivre, des relations non-monogames. Elle en souffrira, pourra être sujette à une profonde tristesse, une grande insécurité, un sentiment d’abandon, des peurs irraisonnées, voire des problèmes alimentaires, d’alcoolisme ou autres addictions destructrices, qui ne sont qu’autant de manière d’exprimer les ressentis enfouis. Comprendre cela peut permettre de travailler ses propres ressentis lorsqu’une nouvelle relation arrive dans une configuration non-monogame et de les dépasser.

D’autres fois, il n’est pas nécessaire d’aller aussi loin. Reconnaître puis s’interroger sur l’origine de nos expressions de la jalousie, peut permettre d’accéder à ce qui a pu se passer lors de l’enfance, ou dans des relations antérieures, et ainsi mieux comprendre nos ressentis.

En tout état de cause, ne pas voir la jalousie comme un tout, mais en comprendre les différentes manifestations et expressions, peut déjà apporter un début de compréhension et des pistes pour la travailler. Le dialogue et l’échange entre partenaires, ainsi que l’accueil de ses propres émotions et celles des autres personnes dans la relation, sont également d’excellents approches pour arriver à la gérer. Tout comme déconstruire les schémas présents dans notre société, notamment à travers les médias et les productions culturelles, telles que les romans, les films, les pièces de théâtre et autres, qui veulent qu’amour et jalousie aillent de pair.

Pour finir, ne pas oublier que la jalousie peut être utilisée comme un véritable instrument de contrôle sur l’autre (surveiller ses faits et gestes, son emploi du temps, son téléphone, son ordinateur …) et dans ce cas, il s’agit d’une forme réelle de violence psychologique.

______________________________________________________

[1] J’utilise le terme « relation sexo-affectives » de préférence aux adjectifs « sexuelles » ou « amoureuses » ou « amicales ». Je considère que les relations peuvent être tout cela à la fois, ou juste une des composantes selon les personnes ou les moments.

[2] Manque de fidélité, de respect à un engagement. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/

[3] Violation du devoir de fidélité entre époux. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/

[4] L’article 212 du Code civil rappelé par l’officier d’état civil lors de la célébration de chaque cérémonie de mariage prévoit expressément que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance ».

[5] Ce qui est mon cas, probablement parce que je suis neuroatypique.

[6] Il me semble évident qu’une bonne communication avec nos partenaires est indispensable et doit être la base de toute relation.


La gelosia en les relacions alternatives a la monogàmia.
Traducció de Jordi Oliva Papiol

La gelosia est un tema recurrent quan es tracta de relacions sexo-afectives[1]. Pel que fa a les relacions monògames, es considera que forma part de les relacions amoroses, sobretot romàntiques. Sovint inclús es veu com un corol·lari. Hi ha la idea que « si on ets gelós, no estimes de veritat ». Tot això s’acompanya de força patiment, de malifetes, de silencis i de secrets, amb infidelitats[2] i adulteris[3]. És un aspecte del pensament monògama en el que l’altre ve a completar-nos, omplir buits, correspondre a esperes, satisfer necessitats (afectives, sexuals, econòmiques o d’altres) i on no necessitarem ningú més fora d’aquest alter ego, aquesta mitat, aquesta « germana bessona », « aquesta flama compartida », que ens entendrà sense necessitat de parlar, que anirà inclús per davant dels nostres desitjos.
També si vivim relacions no-monògames, no oblidem que tot el nostre entorn es basa sobre aquest tipus de idees que es retroben una mica per tot arreu a la publicitat, als films, a les sèries, a les novel·les, als articles sobre les relacions amoroses i/o sexuals i dins les nostres institucions[4]. En aquest sentit, no es pas sorprenent que inclús si en teoria, la idea de gelosia podria semblar incongruent des del moment que desitgem viure relacions plurals igualitàries, amb diàleg, intercanvi i amb bona entesa, ens retrobem amb sentiments contradictoris, que se semblen força a la gelosia.
Cada situació pot tenir expressions múltiples, que mostro amb alguns exemples (en cursiva), que poden anar de :
• La culpabilitat : què és el que faig que fa que l’altra persona vulgui estar (o passar més temps) amb un altre que amb mi?
• El dolor : saber-la amb una altra persona em fa mal i per tant pateixo.
• La inseguretat : saber l’altre amb una altra persona em fa no sentir-me segur de la nostra relació. Tinc por que em deixi.
• La por a l’abandó : aquella sensació que l’altre pot marxar a un altre lloc i deixar-me sol/a.
• Les demandes excessives : voldria que passéssim més temps junts encara, malgrat que sé que es complicat/difícil per a l’altre.
• El dubte, la sospita : no acabo de tenir-li confiança, desitjo saber-ne els detalls.
• La negació : no vull saber-ne res, així no pateixo pas, perquè si m’informo, pateixo encara més. El que pot ser una forma de fugida: millor no saber res que afrontar una realitat que « molesta » i treballar sobre el que passa per viure el millor possible.
• La inseguretat : no sóc prou intel·ligent, alegre, interessant, perquè que aquesta persona no vulgui estar només amb mi i de cop vagi a veure d’altres.
• La vergonya : visc en relacions no-monògames, però sento gelosia, aleshores reprimeixo expressar-ho.
• La desestabilització : sento que l’altre canvia quan té una nova relació i això m’exigeix cada vegada un temps llarg, d’adaptació més o menys difícil per gestionar les emocions.
a moltes altres…
Però, de veritat, es tracta realment de la gelosia? I, de fet, què és la gelosia? Sota aquest mot, hi ha diferents elements que se’ls agrupa sota « el paraigües » de la gelosia i que no ho són pas necessàriament. En vull donar alguns exemples. Només la primera definició correspon a la gelosia.
Gelosia mot maleta :
La gelosia : un desig exclusiu de possessió de l’altre, tan del seu afecte com del seu temps. En aquest sentit, tota persona (o una acció, o una cosa: un esport, treball, etc) que s’immisceix en una relació, o que est sospitosa de fer-ho, provoca un malestar.
Altres aspectes considerats com a gelosia:
1. L’enveja: un desig de possessió material o física. És a dir, voler posseir el que l’altra persona té i compartir-ho. Per exemple, una persona no va mai a certs llocs, o no comparteix algunes activitats amb nosaltres, però sí amb d’altres.
2. La mentida, la traïció, la dissimulació : tenir una necessitat de saber el que passa, el que arriba, de claredat, de dialogar ja que hi ha la intuïció que alguna cosa no s’ha dit. El cas més freqüent es dóna en les relacions amagades, secretes, o no explicitades (ell/ella diu que és un/a amic/ga però la relació és també sexual o bé, ell/ella diu que ells/elles han anat al cine i de fet ells/elles estaven a casa d’ell/ella, …)
3. Voler protegir, « salvar », cuidar de l’altra persona i tractar de evitar-li les relacions que jutgem potencialment o realment perjudicials per a ella, el seu entorn (els seus fills), per a ella o per a nosaltres mateixos.
4. Desitjos desembocats: per exemple, voler veure molt sovint algú/na que no pot o no ho desitja, ja sigui per raons de treball, de necessitat d’espai per a ell/a o de solitud, de tenir d’altres relacions sexo-afectives, de passar temps amb d’altres persones siguin les que siguin.
I després, pot haver-hi tota mena de situacions que poden ser interpretades com de gelosia i que no ho són necessàriament. Per exemple, tenir necessitat en certs espais nous de ser tranquil·litzats per la presència de la nostra parella i sentir-se malament de trobar-se sol/a en aquell moment allà, quan ell/ella es comuniquen fàcilment amb persones noves[5].
En totes aquestes situacions hi ha un concepte transversal que és aquell del « dret de mirada » (cf article de Pere Picornell https://nonmonogamie.wordpress.com/…/le-droit-de-regard-la…/). Per què, pel sol fet d’estar en relació sexual i/o afectiva, ens atorguem el dret de saber el que l’altre fa, amb qui ell/ella està, on ell/ella és o va, …? Quan això forma part de la llibertat individual de cada persona, de poder disposar del seu temps, de retrobar-se amb qui desitja i de circular lliurement.
Per què, pel sol fet d’estar en relació amb algú/na hauríem de conèixer tots els seus fets i gestos, supervisar tot el que ell/ella faci o deixi de fer, establir contractes amb límits i/o restriccions?
Com arribar a resoldre aquests conflictes :
Hores d’ara, em sembla important arribar a determinar on ens situem, en les diferents formes d’expressió presentades fins aquí, del que s’entén comunament com a gelosia. També com reconèixer les expressions. Identificar-les és ja un primer pas per poder-les gestionar i viure les relacions plurals sense patir-les (massa).[6]
És aleshores que és possible de treballar sobre el que les provoca. En la meva experiència, a la meva consulta, treballo sovint amb una perspectiva intergeneracional (generacions vivents) i transgeneracional. Puc explicar-ho de la manera següent : en presentar una problemàtica, apareixen elements com secrets, silencis i repeticions. Par exemple, el fet d’una avantpassat-àvia nascuda d’un adulteri sempre ha estat amagat, a vegades acompanyat d’un sentiment d’injustícia (mare davant el seu creixement sola i essent rebutjada per la societat, mare havent de casar-se amb algú que ella no volia, perquè ell reconegués el fill, mare que avorta perquè això no se sàpiga …). Altra possibilitat : un/a avantpassat que a sofert nombroses « relacions amagades » de la seva parella. L’una o l’altra d’aquestes situacions poden trobar-se a casa d’una persona vivint molt malament la – o les altres – relació/ons de la seva parella, quan en teoria, ella viu i desitja el mateix, viure bé, amb relacions non-monògames. Ella ho patirà, podrà estar subjecta a una profunda tristesa, una gran inseguretat, un sentiment d’abandó, pors irracionals, tenir problemes alimentaris, d’alcoholisme o altres addicions destructives, qui no són altra forma d’expressar els ressentiments soterrats. Comprendre això pot permetre treballar els seus propis ressentiments quan una nova relació arriba dins d’una configuració non-monògama i sortir-se’n.
D’altra banda, no és necessari anar tan lluny. El reconeixement, després d’interrogar-se sobre l’origen, de les nostres expressions de gelosia pot permetre accedir a allò que ha pogut passar a la infància, o a les relacions anteriors, i així comprendre millor els nostres ressentiments.
En qualsevol cas, no veure la gelosia com a un tot, però entenent les diferents manifestacions i expressions, pot ja aportar un principi de comprensió i pistes per treballar-la. El diàleg i l’intercanvi a la parella, així com l’acolliment de les pròpies emocions i les d’altres persones en la relació, són igualment aproximacions excel·lents per arribar a gestionar-la. Tant com desconstruir els esquemes presents a la nostra societat, sobretot a través dels medis i les produccions culturals, com les novel·les, els films, les obres de teatre et d’altres, que volen que l’amor i la gelosia vagin de la mà.
Per acabar, no oblidar que la gelosia pot ser utilitzada com un veritable instrument de control sobre l’altre (supervisar els seus fets i gestos, l’ús del seu temps, el seu telèfon, el seu ordinador …) i en aquest cas, es tracta d’una forma real de violència psicològica.
______________________________________________________
[1] Utilitzo el terme « relació sexo-afectiva » de preferència als adjectius « sexuals » o « amorosos » o « amicals ». Considero que les relacions poden ser tot això alhora, o solament un dels components segons les persones o els moments.
[2] Manca de fidelitat, de respecte a un compromís. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/
[3] Violació del deure de fidelitat entre els casats. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/
[4] L’article 212 del Codi civil, recordat per l’oficial d’estat civil a l’hora de la celebració de cada cerimònia de casament, preveu expressament que « els esposos es deuen mútuament respecte, fidelitat, ajut i assistència ».
[5] El que és el meu cas, probablement perquè sóc neuroatípica.
[6] Em sembla evident que una bona comunicació amb las nostres relacions és indispensable i ha de ser la base de tota relació.

Le syndrome de la Personne Polyamoureuse Parfaite (PPP). La moscacojonera in Golfxs con principios.

 

polyamory-pedals

A peine sorti du four (publié), à peine traduit!

Cet article viendra certainement « éclairer » mes propos lors du l’Espace de Parole que je vais animer vendredi prochain. C’est pour cela que je l’ai traduit rapidement. Il y a dans le blog de Golfxs une grande quantité d’articles que j’aimerais pouvoir traduire (certains sont traduits en anglais sur le blog lui-même) en français et ainsi les partager avec la communauté francophone. Cela se fera petit à petit …

Bonne lecture et bonne réflexion!

_______________________________

Le syndrome de la Personne Polyamoureuse Parfaite (PPP)[1]

La Mosca Cojonera in blog de Golfxs con principios.

Original: http://www.golfxsconprincipios.com/en/lamoscacojonera/el-sindrome-de-la-persona-poliamorosa-perfecta-ppp/

Traduction Elisende Coladan[2]

Lorsque nous avons plus de deux relations, un problème fréquent est celui de vouloir être la « Personne Polyamoureuse Parfaite » : prendre soin  le plus possible tout le temps, de toutes les relations, sans que cela ne pose problème. Vouloir absolument que personne ne souffre. Faire en sorte de prendre soin de toutes les relations, répondre à toutes les attentes sociales et personnelles qui demandent de faire attention à tout le monde. Croire que tous les sentiments dépendent de nous-même. Démontrer que c’est une très bonne idée de ne pas avoir choisi la monogamie. Suivre au pied de la lettre tout ce qui renvoie publiquement à la communauté polyamoureuse. C’est-à-dire, comme cela semble logique, ne montrer en public que le bon revers de la médaille, de la même manière qu’il a été difficile de parler de violence dans les couples gays ou lesbiens (on a déjà suffisamment à faire avec la pression à partir de la « normalité » pour laver, en plus, notre linge sale en public).

Voilà pourquoi cette bonne intention de départ : être la « Personne Polyamoureuse Parfaite » a souvent des conséquences négatives.

1 – Oublier ses propres besoins.

C’est habituel d’oublier de prendre soin de son propre espace, de ne plus voir d’autres ami.e.s parce que nous en avons plus le temps. Nous nous occupons déjà des besoins du monde entier mais… quels sont les nôtres ? Nous en souvenons-nous ou sommes-nous centré.es sur nos partenaires parce que nous voulons faire en sorte qu’il.les ne se sentent pas mal ? Prendre du temps pour soi. Revoir ses objectifs dans la vie, sentir si nous nous allons bien, si nous sommes en train de faire ce que nous avons envie de faire. Si nous sentons que l’on court d’une relation à l’autre, en train d’essayer de couvrir tous les besoins qui nous sont étrangers et que nous nous sentons un peu stressé.e … cela n’aidera pas à maintenir nos relations sur le long terme.

  1. Vivre en ayant peur de commettre des erreurs.

Que ce soit pour nous prouver à nous-mêmes que nous savons gérer le polyamour mieux que n’importe qui, que ce soit pour nous sentir et nous montrer comme une personne qui ne connaît pas la jalousie, que ce soit pour présenter notre meilleur profil et que nous sommes toujours de bonne humeur, ou bien pour rendre bien visible le fait que nous avons une source d’amour infini, il se peut que nous vivions dans la crainte de mettre les pieds dans le plat et de faire des erreurs. La mauvaise nouvelle c’est que c’est certainement le cas. Personne ne lit  un « manuel d’instructions » avant d’avoir sa première relation monogame, et il en va de même avec les non-monogames. Il est normal de faire d’abord des erreurs, et ensuite trouver des solutions. La bonne nouvelle c’est que nous ne sommes pas obligé.e de vivre constamment avec ce souci. Celleux qui sont motivé.e.s par le sentiment de culpabilité peuvent courir le danger de croire (ou qu’on leur fasse croire) qu’il.les font volontairement du mal à tout le monde… quand en réalité, c’est le fait d’essayer de contenter tout le monde à la fois (ce qui est impossible, ce dont il.les ne se sont pas encore rendu compte) qui fait que parfois certain.e.s de leurs partenaires peuvent se sentir mal.

  1. Croire qu’il est possible de rendre compatibles des systèmes incompatibles

Parfois nous essayons l’impossible. Et ce n’est pas par égoïsme, mais parce que nous souhaitons  faire plaisir à toutes les personnes que nous aimons, à toutes nos relations et que nous n’avons pas encore découvert que c’est impossible ou très compliqué. En voulant être la Personne Poly Parfaite. Par exemple, si nous pensons à un V, un triangle (une personne X avec deux partenaires A et B), une des tentatives insolubles est de vouloir être à la fois dans un système hiérarchique avec l’une d’elles (A) et dans un non hiérarchique avec l’autre (B). Tôt ou tard, les attentes de A vont entrer en collision avec celles de B, parce que cette personne aura des demandes prévisibles dans ce genre de relation et que celles de B ne seront pas prises en compte.

  1. Ne pas se demander : « Et moi : qu’est-ce que je veux ? »

Au final, la solution consiste – si nous pensons à ce triangle A-X-B –, à ce que X, le sommet de la relation, arrête de se laisser guider uniquement par les demandes qui proviennent de A et B. Il est nécessaire de s’arrêter un moment et de réfléchir : « Et moi, qu’est-ce que je veux ? ». Prendre la responsabilité de nos propres décisions rendra plus facile le fait que les autres relations pourront arriver à des accords avec nous-même, au lieu de se trouver toujours à la merci de facteurs externes qui ne sont pas contrôlables. Quand quelqu’un.e se trouve entre deux demandes incompatibles, il est nécessaire qu’il.le décide ce qu’il.le veut, au lieu de « rejeter la faute » sur son travail, sur son autre partenaire, sur les circonstances qui ne permettent pas de couvrir toutes les demandes qui lui sont faites. C’est simple, mais c’est difficile à admettre : il est impossible de satisfaire tout le monde, tout le temps. Cela pourra arriver de temps en temps. C’est pour cela qu’il est fondamental d’être dans une relation non-monogame parce que cela vient d’une décision qui nous est propre, en sachant ce que cela signifie d’y être et pourquoi nous y sommes.

Parfois, il est nécessaire de décider à qui nous devons refuser quelque chose et d’assumer les conséquences de cette décision. Chose qui n’est pas aisée, surtout lorsque nous avons passé toute notre vie à penser uniquement aux besoins d’autrui, avec toutes les meilleures intentions du monde. Mais avoir de bonnes intentions ne garantit en aucun cas que personne n’aille se sentir mal à l’aise. Quand nous assumons notre propre responsabilité, le résultat est, sur le long terme, contraire à ce qui est attendu : tout le monde saura ce qu’il peut attendre de cette relation, sans dépendre constamment de facteurs qu’il.le ne peut pas contrôler. Et cell.eux qui vivent constamment avec le stress de vouloir donner satisfaction à tout le monde, se sentiront soulagés en étant la personne qui sait ce qu’elle décide, ce qu’elle veut faire et comment elle veut le faire.

Si nous développons une culture dans laquelle chacun.e assume ses responsabilités, peut-être que « les fuites en avant émotionnelles »[3] seront plus difficiles : ce que nous faisons, nous le faisons parce que nous l’avons décidé et cela veut dire que nous assumons les conséquences qui découlent de notre choix. Si nous ne répondons pas, si nous ne pouvons pas aller à un rendez-vous, si nous faisons ce que nous faisons (ou nous ne faisons pas), ce sera parce que nous l’avons décidé ainsi. Quelquefois, nos relations auront la forme qu’elles ont parce que des contretemps inévitables surgiront, d’autres fois il s’agira uniquement d’excuses. À nous de reconnaître notre capacité à évaluer si cette relation est en train de correspondre à nos besoins, savoir les raisons pour lesquelles ce n’est pas le cas et si nous souhaitons la poursuivre …

 

[1] Terme utilisé par Mel Mariposa Cassidy, en 2015, dans un article en anglais sur son blog https://polysingleish.com/2015/02/09/the-perfect-poly-person/. Mais il semblerait que le terme existe depuis plus longtemps. NTD

[2] J’ai utilisé le langage inclusif, ce qui n’est pas le cas du texte original. NTD

[3] Cf. Brgitte Vasallo http://www.pikaramagazine.com/2013/03/romper-la-monogamia-como-apuesta-politica/

 

Ouvrir les amours, fermer les frontières. Brigitte Vasallo

vasalloCollage de Señora Milton

 

Présenter Brigitte n’est pas simple, tellement elle peut être polyfacétique. J’aime son franc parlé, j’aime qu’elle ose dire et ose « se dire ». Parfois jugée excessive, elle dérange, c’est certain.

Je la connais à travers ses écrits, ses apparitions (assez rares en ce moment) sur les réseaux sociaux. J’ai acheté son livre « Porno burka » quand il est sorti (en 2013, déjà!) et (oh la vilaine), je ne l’ai pas encore lu … Il est dans ma « to do list » de livres à lire, qui ne diminue pas, car je n’arrête pas d’en acheter. Nous avons eu de riches échanges via les réseaux sociaux et je pense que nous nous apprécions mutuellement. En tout cas, je l’apprécie beaucoup! La lire me fait un bien fou, avec Coral Herrera Gomez  et Roma, ce sont des femmes dont les écrits m’aident à mieux comprendre qu’est-ce qui se joue actuellement dans la non-monogamie et par là-même, à mieux me comprendre et également comprendre les personnes que j’accompagne en thérapie ou lors de mes espaces de parole. 

(Je traduirai et publierai bientôt ce qu’écrit Miguel Vagamule (thérapeute sexuel et des relations non conventionnelles) du blog Golfxs con principios.)

_________________________________________________

Ce texte a été écrit à l’occasion du 14 février dernier (2016), dans la revue Pikara: http://www.pikaramagazine.com/2016/02/abrir-amores-cerrar-fronteras/

Traduction : Elisende Coladan

Nous vivons dans un système qui nous dit que lorsque “l’autre” arrive, ce n’est jamais une bonne nouvelle, que “l’autre” n’a pas sa place dans notre vie. La pensée monogame et la xénophobie partagent la peur panique devant l’altérité.

Aujourd’hui c’est le 14 février, la Saint Valentin et en cette date nous devons parler d’amours. Dans mon cas, de monogamie et de comment nous repensons un système amoureux qui nous remplit de joie au même temps qu’il nous enfonce dans la violence, les trahisons et les exclusions. Aujourd’hui nous avons à parler de polyamour, d’anarchie relationnelle, de comment ouvrir les amours et le faire bien.

Aux frontières de l’Union Européenne, en Slovénie, à Ceuta ou sur l’île de Lesbos, aujourd’hui 14 février, arriveront aussi des milliers de personnes réfugiées et migrantes qui fuient des désastres infinis, des guerres avec des bombardement et des guerres avec  des spoliations économiques, des guerres coloniales, encore, orchestrées par une communauté internationale qui s’occupe uniquement d’intérêts stratégiques, économiques et militaires.

Mais aujourd’hui, il n’est pas de bon ton de parler de cela, ne parlons pas de frontières mais plutôt d’amour. Et, pourtant, peut-être bien qu’il s’agit d’un bon jour pour nous souvenir des implications profondes de l’affirmation  « ce qui est personnel est politique » et nous demander jusqu’où va notre pensée amoureuse critique. Jusqu’où nous osons porter notre forte affirmation de la déconstruction monogame et de l’amour romantique. Quel sens y-a-t-il au-delà de nos vies privées, pour que nous soyons en train de mettre en jeu le cœur et les sentiments afin de construire de nouvelles manières de vivre nos relations.

La pensée monogame

La monogamie, ce n’est pas que des chiffres, ce n’est pas qu’une quantité. Si nous le croyons c’est à cause d’une erreur anthropologique (eurocentrée et androcentrée) qui la définie par opposition à d’autres formes de relations, sans mettre en lumière les dynamiques, mais plutôt la quantité de personnes en cause. A partir de là, nous affirmons que la monogamie c’est deux personnes et la non-monogamie c’est plus de deux (à moins qu’il s’agisse de musulmans et là, nous l’appelons autrement, ce que je trouve moche).

Dans cette obstination sur le nombre, nous perdons de vue que la monogamie ce n’est pas une pratique, mais un cadre de référence, un cadre monogame, ainsi qu’une forme de pensée: la pensée monogame  qui opère, en plus, dans la sphère privée et dans la construction groupale. Une pensée monogame qui gère les amours et qui gère les frontières.

De toute la constellation d’idées qui font partie de la pensée monogame, il y en a deux qui se réfèrent aussi bien à l’immense difficulté d’avoir des relations sexo-affectives multiples, comme à la maltraitance que nous sommes en train de faire subir, en tant que société, à ce que nous définissons l’altérité entre autres, aux personnes réfugiées et migrantes: la peur (la terreur) de perdre et le réflexe défensif de l’exclusion.

Nous construisons des couples de manière identitaire, avec des frontières fermées et hermétiques. Nous sommes un couple, nous ne sommes pas en. Cette forme de construction, nous le savons, répond à un besoin de refuge face à un monde sans miséricorde, depuis un refuge économique face au capitalisme sauvage, jusqu’au refuge émotionnel face à l’immense supermarché des sentiments dans lequel nous vivons, en passant, entre autre, par le refuge sexuel face à l’hyper-sexualisation instrumentalisée des corps à usage unique (prendre et laisser),  parallèlement et paradoxalement, face à la pénalisation de la sexualité (le mono-sexisme, la castration des désirs non-normatifs, la punition de l’expérimentation, la « salopephobie » …).

Et, pourtant, à force de vivre en cherchant à se mettre à l’abri, nous avons perdu de vue quel était le danger que nous étions en train de fuir. Si c’était  la solitude, les relations exclusives ne nous en protègent pas, puisque cette même exclusivité nous impose un régime hiérarchique au-dessus de toutes les autres formes de relations qui deviennent par la même moins importantes et, dans le meilleur des cas, restent dans un second plan . Si c’est le manque de lien, ce n’est pas l’exclusivité qui va garantir la permanence d’un lien, mais bien l’engagement lui-même, qui peut être aussi inclusif d’autres sentiments comme le sont l’amitié ou s’occuper des enfants. La peur de perdre ne se résout par en fermant des frontières pour éviter l’arrivée d’une altérité menaçante, parce que les frontières sont tout juste des coupe-feux qui ne résistent pas longtemps. La peur de perdre se résout en éteignant le feu. En désactivant la menace. En désactivant l’idée d’altérité comme menace.

Sommes-nous en train de parler d’amours ou sommes-nous en train de parler d’états ?

Nous sommes en train de parler de la vie, de la manière comment nous nous positionnons dans la vie, de la manière comment la pensée  monogame, basée sur l’exclusivité et l’exclusion, nous traverse complètement, depuis la sphère privée jusqu’au groupe, dans ce que nous avons en commun.

La possibilité d’avoir des relations dans une dynamique no-monogame déchaîne des attaques de panique à l’altérité. Cette « autre » qui vient nous voler notre tranquillité, notre bien-être, notre quotidien, notre commodité, notre sécurité. Qui vient se mettre en compétition avec nous et nous enlever notre place centrale, avec le privilège et le pouvoir que cette place nous procure. Qui vient nous mettre en danger. Comme l’affirme la culture populaire, en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Et tout y est bon: le combat, l’attaque, la violence et l’auto-violence. Comme cela s’appelle assassiner ta partenaire ou ton ex, sous couvert de jalousie? Comment peut-on en arriver à tuer “l’autre”? Comment nous nous blessons par amour et désamour? Comment nous nous infligeons autant de violence ou nous acceptons autant de maltraitance sous le prétexte de l’amour?

Cette “autre”, qui vient détruire notre vie, ce sont aussi les réfugiées et les migrantes. Qui viennent bouleverser notre tranquillité, mettre en péril notre paix, nos bonnes coutumes, notre richesse, notre culture, notre identité, notre état de bienêtre … Et dans cette guerre, comme dans l’amour, tous les coups sont permis. L’infamie de leur confisquer leurs objets de valeur (?) comme cela se fait au Danemark (mesure à laquelle nous devrions répondre immédiatement en boycottant les produits danois), la brutalité de leur tirer dessus pendant qu’ils se noient comme le fait l’Etat espagnol à sa frontière sud, ou de se moquer de leurs morts, y compris celle de leurs enfants morts, au nom d’une liberté d’expression qui n’est autre que la même violence brutale exercée à travers les moyens de communication, pour ne citer que quelques exemples macabres.

C’est évident que nous ne tuons pas toutes nos amantes et nous ne tirons pas sur les autres aux frontières. Mais le système est là et nous le portons incrusté dans la moindre parcelle de nos vies. Et c’est ce système qui nous dit que l’arrivée de “l’autre” n’est jamais une bonne nouvelle, jamais cela nous apportera de nouvelles énergies, de  nouvelles connaissances, de nouveaux points de vue, des nouveaux liens, jamais cela nous rendra meilleures, ni plus heureuses, ni plus réelles, ni plus lumineuses, ni plus joyeuses. Le système nous dit que l’autre n’a pas le droit d’être.

Dans l’Europe de la décadence, du capitalisme sauvage, des marchés qui sont maitres et seigneurs, de la troïka, de la paupérisation, des expulsions, de la violence à tous les niveaux contre une population chaque fois plus acculée, de la culture hipster du réchauffé et du vintage : nous sommes-nous arrêtées pour penser combien de possibilités de résistance contre la brutalité du monde apportent avec eux les réfugiées? Combien d’alliance se perdent? Combien de possibilités de liens nous sommes en train de dynamiter, aujourd’hui et pour les siècles à venir? Quand nous apercevons, horrifiées, également, épistémicide qui a eu lieu dans ce que nous appelons l’Amérique, toutes les formes de connaissance qui se sont perdues, que nous avons exterminées en même temps que les vies et les mémoires de ces vies. Avons-nous conscience de ce que nous sommes en train de dire au niveau de la pensée, de la connaissance, de la culture sur la Syrie? Même si nous ne faisons que dire Syrie, nous comprenons la dimension de ce que nous disons ?

Rompre la monogamie des frontières

Rompre avec la monogamie c’est dynamiter les frontières, parce qu’elles sont un outil de répression et de haine. Les frontières ne nous protègent pas: elles créent le danger.  Le fantasme même de danger. Rompre avec la monogamie c’est générer de nouvelles formes de relation: ne pas multiplier les mêmes formes, mais les dynamiter pour en créer de nouvelles formes de liens basées sur l’inclusion, sur le droit et le besoin d’être, de vivre, d’appartenir, de construire, de les cultiver ensemble.

Le défi, pour nous qui nous disons polyamoureuses, qui nous disons non-monogames, est de donner un nouveau sens au lien et un nouveau sens de liberté qui échappe aux serres du néolibéralisme, qui reprenne la conscience de l’être-au-monde, du mélange, du métissage, de la contamination croisée comme puissance de vie. Un sens du lien qui nous sache affaiblies sans la présence de cette “autre” que nous refusons de penser comme menace et que nous voulons comme compagne de qui apprendre, en l’incluant dans notre vie, dans notre monde. Cette « autre » qui concrètement se matérialise dans les corps et les vies des amantes, des réfugiées, des migrantes.