Les maltraitances se cachent sous l’Amour Romantique . Brigitte Vasallo

Interview réalisée par Cristina Garde et publiée en catalan, le samedi 15 avril 2017, dans le journal Social.cat

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Erika Kuhn (https://obraerikakuhn.blogspot.com/) – Dessin fait à partir d’une photographie de Ashley Lebedev http://pcdn.500px.net/2128392/0113ba219b95343578b9aa135319bc35632eae5d/4.jpg

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« Patriarcat, racisme et capitalisme sont les trois axes de la domination ».

Brigitte Vasallo paraphrase le sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos et fait sienne la citation. Elle se définit comme une écrivaine titubante, activiste LGTBI et féministe plus préoccupée par le racisme que par le genre.  Elle considère que les femmes ont assumé un rôle qui les fait se sentir coupables et qui les transforme toujours en celles qui « prennent soin » des autres, avec leurs qualités, mais également leurs craintes et elle dénonce que les violences machistes ne sont que la pointe de l’iceberg d’un système qui légitime les inégalités. « Les femmes, nous subissons toute sorte de violences, en même temps et nous les vivons de manière bien plus forte que les hommes ». 

  • Comment se construisent ces inégalités ? Qu’est-ce qu’une inégalité ?

J’utilise souvent, comme référence, une phrase de Michel Foucault. Il définit l’inégalité comme les conditions de l’acceptabilité du meurtre, c’est-à-dire, le moment où l’assassinat d’un collectif devient acceptable. Et acceptable veut dire que cela n’engendre aucun scandale, que ce n’est pas un problème. Il y a beaucoup d’inégalités quotidiennes sur le terrain du genre comme dans bien d’autres. Mais dans celui du genre cette acceptabilité est vraiment évidente. Il suffit de penser aux féminicides.

Féminicide est un terme qui n’est pas contemplé par la loi. De fait, l’administration ne tient, à ce jour, que le registre des femmes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. Comment faire alors pour y ajouter celles qui le sont par la violence machiste ?

Ce système d’inégalités est une violence en soi, mais, effectivement, lorsque nous parlons de violences machistes, s’élève toujours le débat sur le fait de savoir où en est la limite. Si bien que cela nous préoccupe que le genre soit entendu comme concernant uniquement le corps des femmes; que quand il s’agit de violence machiste, les autres corps soient laissés de côté, comme celui des enfants, comme les corps homos. Quand il s’agit de violence, dans le contexte des féminicides, il n’est pas question des enfants, ni de l’entourage. La violence machiste va bien plus loin que la personne qui la subit, que la personne assassinée. Un meurtre est, d’un extrême à l’autre, un drame social.

  • En Catalogne, les dénonciations de violences machistes dans le cadre conjugal ont tendance à stagner, tandis que le nombre de femmes assassinées ne diminue pas. Vous croyez vraiment que nous sommes en train d’inverser la tendance ?

Je ne sais pas si, en Catalogne, nous allons mieux ou moins bien. Ce que je sais, c’est qu’un seul assassinat, qu’une seule violence, c’est déjà trop. Vraiment, c’est possible, qu’elles soient plus visibles maintenant, mais il y a encore beaucoup à faire pour qu’il ait une prise de conscience. Le travail actuel ne montre que la pointe de l’iceberg et absolument pas l’ensemble. Il n’y qu’à voir comment cela est abordé dans les écoles, quels sont les reportages diffusés par les médias, quelles promotions font encore les films de certains types de rôles. Tout cela fait qu’ensuite, l’assassinat d’une femme, une violence contre elle, est possible sans que personne n’en soit scandalisé.

« Quand nous parlons de violences machistes, nous parlons de violences structurelles, qui ont une raison systémique qui les alimente, qui les renforce, qui les justifie et les légitime. »

  • Nous avons arrêté d’utiliser le terme de violence de genre qui réunissait, entre autres, toutes les attaques des hommes contre les femmes et des femmes contre les hommes et nous acceptons de fait, que la violence de genre est, majoritairement, une violence machiste.

Je ne suis pas très partante pour prendre en compte la violence d’un groupe minoritaire contre un groupe majoritaire. La violence que peut exercer une femme contre un homme ou une personne LGTBI contre une personne hétérosexuelle est une violence concrète, elle n’est pas réalisée à l’encontre de tout un système qui la représente. Par contre, si nous parlons de violence machiste, nous parlons de violences structurelles. Quand nous disons structurelles, nous faisons référence non seulement à la raison systémique qui les alimentent, leur donne force, les justifie et légitime, mais également au fait que, également, il est très compliqué de s’en défendre. Se défendre de ce qui nous agresse est fort compliqué car il y a toute une série de mécanismes qui font que la violence soit possible.

  • La législation espagnole ne semble pas comprendre, non plus, la violence contre les femmes comme une violence structurale.

Nous savons bien qui fait la législation et qu’elle est toujours à la traîne des demandes sociales. Mais, avant de parler au sujet de ce qu’il est possible ou pas de dénoncer, il faut s’interroger sur l’unique moyen qui nous est proposé pour porter plainte. Nous sommes en train de demander, par exemple, à des populations qui sont poursuivies par la police à travers des rafles ou des expulsions, de porter plainte devant les mêmes forces de police qui les menacent. C’est ridicule et hors sujet. Tout est à changer de haut en bas. Cela est en train de se faire, mais peu à peu. Ce qui est dommage car l’urgence est là.

  • Urgent parce que toutes les femmes nous pouvons subir la maltraitance, personne n’en est libre …

Oui. La maltraitance peut nous atteindre toutes. Avoir lu ou faire de l’activisme ne nous libère pas de la possibilité de la vivre, parce qu’elle est extrêmement invisibilisée, parce que nous partons d’une construction de genre qui nous fait être obligatoirement coupables et celles qui prennent soin des autres, et c’est un piège des plus compliqués à démonter, car cela va au-delà de la situation de maltraitance, mais part de la manière comment on nous apprend à être au monde. Après, il y a cette grande solitude, qui fait que c’est très difficile d’expliquer ce qui nous arrive. Etre féministe et activiste, ne rend pas plus facile le fait d’avoir à expliquer ce que nous subissons et souffrons en termes de violence.

  • Pourquoi est-ce si difficile de rendre visible la maltraitance ?

Il est difficile de la visibiliser parce qu’elle est soutenue par toute une série de propagande qui fait qu’elle est normalisée, depuis les chansons de la Pop jusqu’au Reggaeton, par exemple. La plupart de la maltraitance ne se voit pas, parce qu’elle est cachée derrière les différentes formes de l’amour romantique.  Cela est ancré bien au-delà du rationnel qu’il est possible de démonter en lisant et en faisant des réunions pour en parler.

  • Et comment se soutient ce système de domination machiste ?

D’un côté, il y a une question d’habitus, comme disait Pierre Bourdieu, c’est-à-dire, l’habitude, la manière dont les choses se passent et qui permettent qu’elles puissent se reproduire parce qu’elles sont extrêmement intériorisées. Le public s’habitue à une série d’images, de propositions que les médias continuent à reproduire car elles sont réellement intériorisées. Cela génère un cercle vicieux qu’il est très difficile de casser. Ce serait comme le côté innocent, si on peut dire.

  • Et l’autre ?

L’autre côté, c’est que toutes ces violences apportent une série de bénéfices au capitalisme, aux pouvoirs établis. Cela apporte des bénéfices qu’il y ait une partie de la population, les femmes, qui soit minorisée. Et cela, si nous l’envisageons uniquement des femmes en tant que femmes, mais si nous si on ajoute les éléments de race, de classe sociale, de santé mentale, d’âge … alors, la montagne est énorme ! Ceci est bien utile pour le système, parce que cela génère une forme de gouvernabilité, cette parole qui est à la mode en positif y que me déchire, toute simple : si on hiérarchise la population et si certains exercent des violences contres les autres, parce qu’elles sont en-dessous, c’est résolu, on a l’armée.

  • C’est à ce moment-là que l’on parle d’un système patriarcal. Comment faut-il comprendre ce terme ?

Toutes les formes de domination sont souvent envisagées à partir de la notion de genres qui fonctionnent de la même manière. Et ce n’est pas le cas. Tout est domination masculine, mais tout n’est pas patriarcat. Gayle Rubin définit le patriarcat comme une forme méditerranéenne. La patriarcat originel est Abraham, qui est le père du judaïsme, du Christianisme et de l’Islam, la représentation du berger qui contrôle le troupeau et les femmes. Cela me paraît intéressant, parce que souvent nous voyons l’Islam comme quelque chose d’étrange et pourtant, l’origine en est le même. En ce qui concerne les sociétés latinoaméricaines, Gloria Anzaldúa, par exemple, montre la continuation des formes de domination présentes pendant la colonisation. Souvent, quand nous voyageons, il nous arrive de penser « quelle société si machiste », alors que c’est simplement qu’il s’exprime de manière différente. Cela nous surprend parce ce que nous ne sommes pas habituées à ces formes-là, mais aux nôtres, que nous avons tellement assimilées que nous les voyons plus.

  • De manière générale, mais, la domination masculine montre son pouvoir d’une manière bien concrète : en établissant des relations de hiérarchie, elle soumet à travers la violence.

La violence est clairement une question de pouvoir, c’est une question de chosification et de deshumanisation de l’autre, de la possibilité que cela se passe. La femme n’a pratiquement jamais ce pourvoir. J’ai écrit, il y a peu, un texte sur la culture du viol et les théoriciens comprennent uniquement le viol comme un pouvoir qui s’exerce contre les femmes. C’est quelque chose qui m’hérisse le poil, parce que les chiffres d’enfants violés par d’autres hommes est très élevé. Cette violence s’exerce également sur d’autres collectifs. Cela m’irrite également quand, dans des situations, où les femmes ont le pouvoir, cette violence existe également. Je pense, par exemple, des viols d’homme de la part de femmes soldats, dans la prison d’Abu Ghraib.

  • Et, quand nous avons compris que le pouvoir s’exerce par la violence, quand nous avons appris qu’une femme doit maintenir une posture qui la rend coupable, comment fait-on pour déconstruire les rôles ?

Il n’y a pas un processus de déconstruction suivi d’un de construction : ils sont simultanés. Je ne sais pas comment nous y arrivons, mais je sais que, les femmes, nous avons la capacité de le faire et que nous avons besoin de nous accompagner les unes les autres pour trouver les mécanismes et les stratégies pour y arriver. Il faut également avoir à l’esprit que toutes les stratégies de résistance sont légitimes Je pense, concrètement, quand la violence de genre est accompagnée de racisme. Quand nous parlons de violence contre les femmes, il semble que nous parlons uniquement de machisme, mais le racisme est une violence contre les femmes, le capitalisme est une violence contre les femmes. Les femmes, nous subissons toutes les formes de violence en même temps et de manière bien plus multiple que les hommes.

  • Donc, comme fait-on pour résister contre ce système de domination ?

Il y a des théories qui centrent leur analyse uniquement sur un point, les perspectives monofocales qui expriment que lorsqu’il n’y aura plus de genres tout sera résolu ou quand il n’y aura plus de classes sociales tout sera résolu, ou quand il n’y aura plus de racisme tout sera résolu … Je pense, comme Patricia Hill Collins, que les violences comme formes de domination ne sont pas une matrice, mais un réseau. Donc, il faut faire un changement de dynamique depuis différentes axes. Ce n’est pas clair, pour moi, de comment refaire les relations, mais je suis assez convaincue que le change passe les dynamiques et non pas par le résultat immédiat, qui souvent n’est pas celui escompté. Je ne crois pas que le genre seul contre le patriarcat puisse provoqué une quelconque chute.

  • Mais, si nous rompons avec la hiérarchie de genre, il sera possible de le faire avec tout le reste.

On peut être en train de rompre une hiérarchie établie par le genre et, en même temps que la hiérarchie de race peut paraître fantastique. La hiérarchie de classe peut paraitre terrible, mais la hiérarchie par orientation sexuelle peut sembler correcte. Nous sommes pleines de contradictions. J’aime beaucoup la pensée de Boaventura de Sousa Santos qui parle toujours du patriarcat, du capitalisme et du racisme comme des trois principaux axes de domination. Il affirme qu’ils vont effectivement ensemble et qu’ils se rétroalimentent. Que cela vaut la peine, à chaque fois, de regarder quel est l’axe émergeant. Et se fixer sur ce point ne veut pas dire qu’il faut aller vite et oublier toutes les autres luttes. Cela veut dire qu’à partir de nos luttes, nous avons à prendre en compte cet axe.

  • Je pense aux femmes réfugiées, aujourd’hui c’est le collectif le plus vulnérable, mais je ne sais pas si nous sommes en train de vraiment les prendre en compte comme il faut.

Est-ce que lorsque nous pensons en la lutte contre la violence machiste, nous pensons aux femmes réfugiées ? Non, nous imaginons que c’est un autre type de violence, mais ce sont également des femmes. Même si nous sommes des femmes, nous sommes des femmes blanches, en situation de pouvoir, et nous devons le prendre en compte. Nous avons toujours à nous organiser après que ce collectif en est fait la demande explicite. Je pense au débat sur le voile, à toutes les féministes noires. J’ai déjà écrit sur le sujet, qu’elles nous ont déjà demandé de ne pas mélanger les concepts, que ce n’est pas la même chose d’être une femme noire dans un contexte raciste qu’être femme dans un groupe hégémonique. Les féminismes, au pluriel, doivent bien plus le prendre en compte, que jusqu’à présent.

  • De fait, maintenant, il y a des femmes, issues du monde de la culture de masses et du showbiz qui claironnent une sorte de féminisme dilué, qui convient au système de domination, bien plus qu’il ne représente une lutte.

C’est vrai que, souvent, on la sensation qu’on est en train de surfer sur un féminisme de surface et que, rarement, on arrive à un réel engagement, mais je pense que cela sert probablement à quelqu’un. Et si ce genre de message arrive là où n’arrive pas le mien ? J’ai le sentiment que chacune fait ce qu’elle peut et que l’ennemi est bien là, de l’autre côté. Par exemple, même si les quotas sont effrayants, je me rends compte qu’ils ont une fonction. A partir de mon expérience d’activiste contre l’islamophobie, quand je dis « si à cette conf, il n’y a pas de musulmanes, je n’y vais pas », les gens bougent et, ensuite, lors d’autres colloques, on pense à elles bien avant moi. C’est une question de résistance. Il semble que si on ne fait pas du forcing, rien ne change. Maintenant, cela dérange qu’il n’y ait pas de parité. Cela commence à changer.

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Pensée monogame au-delà des couples « ou mémoires d’une C » (ou pourquoi je déteste vraiment la monogamie) – Wuwei (Natàlia)

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Ilustration de Wuwei (Natàlia)*(Traduction à la fin de l’article)

Cela fait quelque temps que je lis ce que Natàlia écrit sur les « C ». Notamment sur son mur Facebook. Mais je n’ai jamais assisté à une des présentations ou ateliers, qu’elle organise sur le sujet.

Voici, qu’enfin, elle publie un texte sur ce thème et je suis vraiment contente de pouvoir le traduire, afin de partager ses idées parmi le lectorat francophone.

( J’ai rajouté « ou mémoires d’une C » au titre original, parce que c’est le sujet de départ de cet article et celui de la conférence présentée lors des 3é Jornades d’Amors Plurals, en janvier dernier, à Barcelone.)

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Photo Monica Rabadan.

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Cet article est un résumé (très résumé) de la présentation “Mémoires d’une C”, que j’ai proposée en novembre de l’année dernière et que j’ai répétée en janvier dernier, lors des 3e Jornades d’Amors Plurals (à Barcelone).

A et B ont une relation. B connaît C, A et B commencent à prendre des décisions au sujet de cette relation, mais ces décisions affectent également la relation entre B et C. Néanmoins, C n’en sera informée [1] à aucun moment. Lors des groupes de discussions, il s’agit souvent de donner son opinion sur A ou sur B, mais personne ne se demande comment se sent ou ce dont a besoin C. Finalement, il y a une décision et c’est fort probable que C ne sera informée que du verdict final. Au mieux, il lui sera possible d’exprimer son accord ou pas (sans plus de nuances). Lorsqu’il y a un « conflit » entre A et B à cause de l’existence de C, cette situation se présente fréquemment mais, il arrive également, que C soit complètement effacée.

J’ai commencé à me préoccuper pour les C (et pour toutes les autres lettres qui la suivent), quand j’ai remarqué que dans les groupes de discussion, il y avait des exemples de conflits entre A, B et C (lettres utilisées pour garder l’anonymat des personnes). C y était mentionnée, dès le premier moment, comme “un problème », comme « un objet » et non pas comme « un sujet » : tout le monde y allait de son avis sur des aspects qui affectaient C, mais personne ne se posait la question de comment C se sentait ou de ce qu’elle pouvait souhaiter. On parlait de C mais pas avec C. A ce moment-là, je vivais moi-même une relation où je sentais que tout était défini par des éléments qui m’étaient extérieurs et que je n’avais pas de voix, ni possibilité de comprendre, ni droit à décider … et que mes émotions ou mes besoins étaient effacés ou méprisés.

La pensée monogame au-delà du couple

Les normes imposées par la pensée monogame, en ce qui concerne les relations romantiques et sexuelles, influencent tout type de relations. La manière comme nous devons être en lien se fait selon le statut relationnel (couple, amitié, etc) et chaque statut est placé à des niveaux différents, formant des hiérarchies. Cette pensée génère une demande d’exclusivité pour le couple, non seulement d’ordre sexuel : cela touche quasiment tous les aspects de la vie. Il s’agit de la quantité de temps passé ensemble, des activités qui ne peuvent pas être partagées avec d’autres (comme les vacances ou l’éducation des enfants) ou simplement, la reconnaissance de cette relation. C’est cette reconnaissance qui nous aide à nous sentir appréciée et à valoriser chacune de nos relations et à « reconnaitre » notre existence (sans cette reconnaissance, bien des aspects, que nous apporte la relation, sont facilement effacés et la possibilité d’engagement et de prendre soin, ne sont pas reconnus). Cette reconnaissance n’existe que dans le cas des relations de couple.

Malgré toute la violence qu’il peut y avoir dans une relation de couple, elle bénéficie d’un privilège social. A travers des demandes d’exclusivité, spécialement celle de la reconnaissance, une hiérarchie s’installe entre les relations. Cela permet d’établir des « normes », imposées par cette relation, sur les « autres » relations. Dites relations finissent par être dominées par les couples, sans qu’elles aient leur mot à dire. J’en profite pour préciser que hiérarchie et importance ou priorité ne sont pas du même ordre : avoir différentes relations dans des ordres différents d’importance ou de priorité, ne veut pas dire qu’il s’agit de hiérarchie. Il est tout à fait possible d’avoir des relations à différents degrés d’importance ou de priorité, ou bien dans lesquelles, ce qui est partagé est totalement différent, sans que cela n’implique que ces personnes n’aient pas leur mot à dire sur ce qui les affecte.

Cette pensée monogame efface également des liens, des émotions et des violences. Cela a pour effet que, lorsque l’on parle de “relation », tout le monde comprend « relation de couple », que dès que l’on mentionne des « sentiments » par défaut, on pense à ceux d’ordre « romantique » ou bien encore, si nous parlons de violences de genre, ou de maltraitance, il est habituel de penser d’abord aux violences conjugales, effaçant ainsi tous les autres types de relations qu’il existe en dehors du couple. C’est ainsi qu’il est fréquent de prêter plus attention aux émotions qui viennent de la relation de couple qu’à celles de tout autre relation (niant ainsi toute possibilité d’accompagnement émotionnel ou même empêchant les personnes de s’exprimer à ce sujet).

Cette pensée peut se reproduire lorsque nous parlons de nos relations comme « sexo-affectives », ou sans les nommer clairement, car cela implique la possibilité de les hiérarchiser. En effet, plus une relation est « amoureuse/romantique » ou/et « sexuelle », plus elle a tendance à être placée en haut de l’échelle des hiérarchies. C’est également le cas lorsqu’il y a une relation « de couple » avec plus de deux personnes [2], ou dans les relations non-monogames, quand il y a un « couple principal » et des relations secondaires. Par ailleurs, il est également possible de construire des relations hiérarchisées pour d’autres raisons que l’amour romantique ou le sexe.

Violence monogame

Cette violence s’exprime de différentes formes selon le type de relation : il y a celles qui se produisent dans les relations de couples, mais il y en a d’autres qui se produisent sur les autres relations et qui se basent, par exemple, sur le fait de les effacer du paysage. Un exemple, c’est que cette relation n’est pas reconnue, que des expressions stéréotypées sont utilisées, comme « l’autre », « l’amante » (concepts qui indiquent une altérité), ou que l’on les considère comme « seulement » des relations amicales (en le plaçant, de fait, dans un niveau inférieur). Violence qui fait qu’il y a comme intention que C ne soit « rien, ni personne » pour ne pas « fâcher » A ou B, qui est en couple et avec qui on est en relation, ou que C ne soit pas entendue lorsqu’elle exprime un certain inconfort dans la relation, ou que les soucis de A ou B, soient toujours une priorité, quel qu’ils soient et quelque soit le contexte.

Les personnes qui peuvent se sentir les plus touchées par ce genre de violence sont celles qui sont traversées par d’autres structures (comme le machisme, l’hétérosexisme, le racisme, le classisme, la psychophobie, etc.). De plus, certaines personnes avec beaucoup de privilèges peuvent profiter de la situation et la retourner à leur profit, car s’il s’agit de relations peu impliquantes, ces personnes peuvent conserver tranquillement leurs privilèges, sans avoir à donner de leur temps, prendre soin des autres ou s’engager.

Rompre avec la pensé monogame 

Le consumérisme relationnel, fait que nous nous retrouvons souvent dans une situation vulnérable. Le couple semble être le seul refuge possible dans une société patriarcale, capitaliste et agressive, spécialement pour les personnes traversées par la violence structurelle [3]. Souvent, ce fait est signalé, mais le manque de préoccupation et de soin en dehors du couple (ou de certain type de relations ou de hiérarchies), y est oublié. Il n’est pas considéré comme un des problèmes importants, laissant ainsi la porte ouverte à la reproduction du même modèle de couple, présenté comme la « solution » à tous les maux.

Rompre avec la monogamie ne devrait pas « seulement » vouloir dire : rompre avec une pensée qui ne nous autorise pas à avoir plus d’un « couple » ou à avoir des relations sexuelles avec d’autres. Cela ne devrait pas, non plus, “seulement” impliquer comment le faire, sans nous faire mal entre couples ou partenaires sexuelles. Selon moi, rompre avec la monogamie, c’est aller jusqu’à la racine du problème : c’est rompre avec cette hiérarchie constate, l’objectivation qui efface les liens, le prendre soin de l’autre et les engagements, tout comme les violences ou la maltraitance. A mon sens, rompre avec la monogamie veut dire apprendre à être plus conscientes des « autres » : de toutes les personnes avec qui nous sommes en lien, mais également celles qui le sont avec nos relations. Nous avons toutes le droit d’être reconnues, d’avoir de l’affection, des soins et pouvoir « être ».

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Traduction de l’illustration de l’article

* Salut: je suis une C.

  • Je ne peux pas définir la relation
  • Je n’ai pas de voix
  • Je n’ai pas d’opinions, ni de souhaits, ni de besoins ou de volonté.
  • Ma relation n’est pas reconnue
  • Je ne peux pas participer aux processus de prise de décision sur les aspects qui me concernent
  • Je suis invisibilisée.

[1] Comme il est d’usage dans les milieux non-monogames féministes en Espagne, l’autrice de cet article utilise le féminin de manière générique, c’est-à-dire qu’il s’adresse à tout le monde. NDT

[2] Trio ou trouple, par exemple – NDT

[3] « … ce concept est apparu dans les écrits scientifiques pour la première fois en 1969 dans la théorie de la paix élaborée par Johan Galtung. Cette théorie présente la violence comme l’écart entre une situation réelle et une situation potentielle, où les besoins de certains groupes ne sont pas comblés, alors que les ressources sont présentes de façon suffisante pour les satisfaire » in Analyser la violence structurelle faite aux femmes à partir d’une perspective féministe intersectionnelle de Catherine Flynn, Dominique Damant et Jeanne Bernard NDT https://www.erudit.org/fr/revues/nps/2014-v26-n2nps01770/1029260ar.pdf 

 

 

De la nécessité et de l’utilité de l’existence et de l’application de protocoles féministes contre les agressions. Témoignage. Elisende Coladan

 

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Traduction: « Nous sommes en train de construire des espaces féministes ».        Assemblea de Dones Feministes de Gràcia

Début décembre, j’ai participé à la 2ème rencontre sur les non-monogamies des pays catalans : Eixams (Essaims, en français). Comme je le dis souvent, les seuls espaces que je considère « safe »[1], que je connaisse, concernant les non-monogamies sont ceux organisés par l’Eixams et par Amors Plurals, en Catalogne. Ce qui ne veut pas dire que toutes les personnes y participant soient « safes », mais que l’espace l’est, parce que l’équipe organisatrice fait tout pour que cela soit ainsi. Je constate, dans la société catalane, une prise de conscience et des actions féministes efficaces, qui existent depuis bien plus longtemps qu’en France.

Lors de cette rencontre, différents ateliers, groupes de parole ou présentations, concernant les 4 axes principaux d’Eixams[2], sont proposés sous la forme d’un tableau horaire, sur les trois jours, à compléter par qui souhaite prendre en charge une activité. L’organisation se réserve le droit de superviser le contenu des activités afin d’assurer leur conformité par rapport aux principes éthiques et les objectifs de l’événement.

Sur la plage web de l’événement, l’organisation [3] publie un code de conduite que tout le monde doit lire et approuver avant de s’inscrire, qui est affiché pendant tout le temps de l’événement et auquel il est fait référence dès qu’il y a un dysfonctionnement. J’ai été témoin de comment, à plusieurs reprises, des membres de l’équipe organisatrice intervenaient pour rappeler certains aspects du code de conduite qui n’étaient pas respectés, comme par exemple, le fait de prendre des photos sans consentement préalable.

La veille du dernier jour, j’ai été victime d’une agression verbale à mon égard et également témoin de comment celle-ci a été gérée par l’équipe organisatrice et de combien cela m’a été psychologiquement extrêmement bénéfique. Je voulais partager mon expérience, parce que suite à mon article sur les maltraitances dans les relations non-monogames et mon intervention lors de la 2e conférence sur les non-monogamies à Vienne, des personnes m’ont approchée ou m’ont écrit pour me demander des conseils pour rendre ces relations et ces espaces libres de violences.

L’agression verbale :

Dès le premier jour de l’évènement, sur le tableau horaire, j’avais proposé une activité non-mixte, intitulé « thérapie féministe » et portant sur les violences faites aux femmes, devant avoir lieu le dernier jour.

La veille au soir dudit évènement, alors que je me reposais sur mon lit, dans une chambre partagée avec 5 autres personnes, vers 22h30, un couple qui dormait dans la même chambre est arrivé, parlant fort et a commencé à m’interpeler au sujet de mon activité du lendemain, me reprochant qu’elle soit non-mixte et me demandant si j’étais informée du fait que les hommes aussi pouvaient subir des violences de la part d’une femme. Il s’en est suivi une discussion, où j’ai présenté le plus calmement possible les raisons pour lesquelles l’activité était non mixte, que la décision avait été prise en accord avec l’organisation et indiqué que j’étais parfaitement au courant que les hommes pouvaient eux aussi être victimes d’agressions. Je passerai sur les détails de l’échange verbal, mais cela m’a secouée, car je ne m’y attendais pas en ce lieu, que je pensais sécure. L’homme est parti excédé, la femme est restée et j’ai pu lui dire clairement[4] que :

  • Ils avaient envahi mon espace personnel
  • Je me sentais agressée par leurs propos
  • Je me reposais à leur arrivée et j’en avais vraiment besoin, donc je lui demandais de quitter la chambre.

Puis, je suis restée assez bouleversée par ce que je venais de vivre, à essayer de comprendre ce qui s’était passé, quand j’ai entendu la voix d’une des organisatrices dans le couloir et je suis sortie pour lui dire que j’avais besoin de lui parler.

Ecoute et prise en charge :

Après m’avoir écoutée, elle a tout de suite réagi en posant des mots qui m’ont fait beaucoup de bien : « C’est grave. Il s’agit d’une agression verbale, qui rompt avec le code de conduite et va à l’encontre d’un espace féministe où le fait de réaliser une activité non-mixte ne doit pas être remis en cause ». Propos suivis immédiatement d’une question : « de quoi as-tu besoin ? » et de proposition concrètes : « si je voulais aller me reposer ailleurs, qu’une personne de mon choix vienne me tenir compagnie pendant qu’elle allait présenter ce qui venait de se passer à l’équipe organisatrice afin de prendre des décisions dont je serais informée et sur lesquelles je pourrais donner, à tout moment, mon avis ».

Une amie est donc venue me rejoindre dans la chambre et environ une demi-heure après j’ai été appelée par l’équipe organisatrice. Ensemble nous avons décidé que deux femmes de l’organisation iraient parler avec le couple, pendant que je restais à l’écart, dans un espace où ils ne pourraient pas aller, accompagnée de deux amies et que ces femmes allaient les informer que :

  • Ils avaient commis une agression verbale qui rompait avec le code de conduite.
  • Pour ma tranquillité, ils devaient aller dormir dans une autre chambre, éloignée de la mienne.
  • Qu’ils ne pouvaient pas aller dans les espaces communs proches de ma chambre, ni être à ma table dans le réfectoire, ni participer aux mêmes activités que moi ou à celles que j’organiserai.
  • Qu’une décision serait prise le lendemain sur le fait qu’ils pourraient continuer à participer ou pas aux rencontres organisées par l’Eixams.

Le couple, qui étaient venu en voiture, a finalement pris la décision de partir à 1 heure du matin.

Le lendemain, lors de l’activité de clôture de la rencontre, l’équipe organisatrice a expliqué la situation à l’ensemble de personnes présentes, a donné les noms des agresseur.e.s et également mon nom, cela à ma demande, car ils m’avaient proposé de ne pas le donner si tel avait été mon souhait. Il a été spécifié que leur participation à d’autre événements n’allait plus être possible.

Bénéfices psychologiques :

Grâce à cette prise en charge, qui m’a semblé en tout point exemplaire et que je n’avais jamais vécue auparavant, je me suis immédiatement sentie bien et en sécurité. J’ai pu rapidement exprimer ce que j’avais vécu et ressenti, non seulement à une personne de l’organisation, mais également à une amie proche et j’ai été non seulement crue, mais mes propos ont été validés par des mots justes et réconfortants, ainsi que par des actions rapides et efficaces.

La situation a été prise en charge par des personnes compétentes, sans que je doive m’occuper de quoi que ce soit et mon avis m’a été en tout temps sollicité et pris en compte.

L’ensemble des participant.e.s a été mis au courant et a connu le nom des personnes impliquées.

Contrairement à d’autres agressions que j’ai pu subir dans mon existence, cette prise en charge remarquable a fait que je n’ai pas été mentalement envahie par des questionnements, des doutes, des remises en question, des ruminations, des angoisses, des peurs, de la culpabilité ou autres mécanismes qui se mettent en place en cas de violences.

Nécessité de chartes, de codes de conduites et de protocoles féministes :

Tout cela n’a été possible que parce que toutes les personnes de l’équipe organisatrice avaient un positionnement clair et homogène, grâce à l’existence de textes écrits et de stratégies déjà mises à l’épreuve dans d’autres contextes. Elles m’ont expliqué qu’elles s’étaient inspirées de protocoles féministes déjà existants pour en rédiger un pour l’évènement.

J’ai été ainsi informée du fait qu’il existe depuis quelques années, en Catalogne, des protocoles féministes mis en place lors d’évènements comme des manifestations mais également des fêtes populaires. Que toutes les municipalités catalanes ont une Commission des Droits Humains et de l’Égalité des sexes, dirigée par une conseillère, que la plupart d’entre elles ont un plan local de lutte contre les violences de genre et certaines ont mis en place un protocole féministe pour lutter contre les violences faites aux femmes.

J’ai donc fait une recherche sur Internet au sujet de ces plans de lutte et protocoles qui feront l’objet d’un autre article sur ce blog et qui pourront être repris afin qu’ici en France, les espaces mixtes soient sécures et que toute agression soit immédiatement prise en charge de manière compétente et efficace.

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[1] Quitte à ce que mes propos déplaisent, mais ils n’engagent que moi, je tiens à préciser qu’aucun espace poly ou no-monogame, en France, auquel j’ai assisté (ni, à priori, ceux dont on m’a parlé), ne m’a paru être réellement « safe ». Je parle également de ceux que j’ai essayé d’organiser de manière la plus « safe » possible, pendant deux ans, avec force chartes et précautions. Malgré toute ma prudence et vigilance, je sais qu’il y a eu des personnes qui y ont participé avec d’autres intentions que d’échanger des propos et des questionnements personnels, sur les relations non-monogames consensuelles et j’ai eu à faire à des prises de parole problématiques ou invasives et certaines interventions agressives, très difficiles à gérer toute seule. Ainsi que la participation clandestine d’une apprentie journaliste qui a publié par la suite un article, soit-disant satirique, sur le sujet. C’est la raison pour laquelle j’ai arrêté d’organiser des groupes à la fin de cette année. C’est également pour cela que je vais (re)commencer à organiser des groupes non-mixtes, en 2018, pour ma tranquillité personnelle et celles des participantes, comme je l’avais fait initialement avec un filtrage, une charte encore plus précise et un protocole féministe inspiré de ceux mis en place par les catalanes.

[2] Traduction de la présentation des 4 axes, sur la page d’accueil de l’événement (tout est rédigé au féminin, comme j’ai pu observer dans bien des espaces féministes catalans, même mixtes) :

Axe thématique principal : La diversité affective sous ses diverses formes, entendue dans le cadre des non-monogamies éthiques, ainsi que de ses pratiques et ses activismes.

Axe féministe : Eixams est un événement qui s’inscrit dans une perspective intersectionnelle qui met l’accent sur les luttes féministes, anti-patriarcales et LGBTI+. Nous proposons faciliter une place d’apprentissage pour comprendre les privilèges de classe, de genre, d’orientation et d’identité sexuelle, de migration, d’ethnie et autres. À la fois, nous tenons à ce que cet espace soit le plus sûr possible pour toutes les participantes et il en va de la responsabilité de toutes. Nous nous basons sur la compréhension et la pratique active du concept de consentement de la part de toutes et chacune des personnes qui y participent et, par conséquent, nous avons élaboré un code de conduite que toutes les participantes doivent explicitement respecter.

Axe de la langue et du territoire : Eixams a comme cadre de référence territoriale les Pays Catalans. Dans de cet axe le but est double : renforcer la langue catalane et faire apparaitre les non-monogamies sur la carte des activismes du territoire.

Axe économico-social : Eixams est un espace anticapitaliste et écologiste, spécialement sur les versants de la recherche de formes d’organisation économiques, sociales et familiales alternatives à celles imposées par l’économie actuelle, et la recherche de formes de consommation respectueuses

[3] Composée cette année de trois femmes et deux hommes.

[4] J’ai utilisé la technique des trois phrases apprise pendant deux formations d’auto-défense féministe, la première avec l’association Garance à Bruxelles et l’autre avec l’association Loreleï à Paris. Elle consiste à exprimer trois phrases courtes et précises :

  • 1re phrase : décrire le comportement dérangeant
  • 2e phrase : décrire le sentiment que ce comportement provoque chez nous
  • 3e phrase : faire une demande concrète

Livre sur l’auto-défense féministe :  NON C’EST NON – Petit manuel d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire.

 

Maltraitance, manipulation, abus et violences (physiques et psychologiques), dans les relations alternatives à la monogamie. Elisende Coladan

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Por qué me echaron del cielo. Statue de Julio Nieto

Petit préambule afin de présenter mon expérience et intérêt pour ce sujet :

Je vis des relations non-monogames depuis une bonne quarantaine d’années. D’abord de manière très isolée[1], puis, depuis 2013, au contact de personnes et de communautés les vivant également. J’habite en région parisienne depuis bientôt 9 ans, après de nombreuses années en Amérique Centrale.

Etant franco-catalane, je me rends régulièrement à Barcelone, où je fais partie du groupe Facebook Poliamor Catalunya et je suis en contact avec le collectif Amors PLurals qui se définissent tous les deux comme non-monogames, féministes et pro-féministes. J’interviens/participe régulièrement à certains évènements qu’il.elles organisent. C’est ainsi que j’ai participé aux 1ères Journées d’Amors Plurals (autour de 150 participant.e.s) à Barcelone et l’Eixam dans le Delta de l’Ebre (60è de personnes). J’ai donc pu constater des différences entre la France et la Catalogne où, notamment, je sens qu’il y a une plus forte conscience des problèmes de maltraitance dans les milieux non-monogames [2]. Ce qui signifie qu’elles existent, que le sujet est abordé et qu’on en parle plus ouvertement. La preuve en est l’article écrit en 2014, suite à une conférence sur le sujet, que j’ai traduit et publié en novembre dernier. 

J’organise, depuis fin 2015, chaque mois, un espace de parole autour des relations alternatives à la non-monogamie[3]. J’espère qu’il est réellement un lieu safe et j’invite toute personne y ayant participé de me prévenir, au moindre souci, pendant la réunion ou par la suite. Je reçois également, depuis bientôt deux ans, en consultation, des personnes qui vivent ces relations. J’ai aussi des témoignages spontanés, d’ami.e.s ou de connaissances me racontant leur expérience de relations toxiques et de rencontres avec des personnes qui le sont. J’ai eu personnellement à vivre des situations de maltraitance psychologique, de la part de personnes se disant poly ou non-monogames, ou découvrant ce mode de relation. Cela, soit directement, soit indirectement, à travers de ce qu’elles disaient sur leurs autres partenaires ou leur manière de vivre les relations (mensonges, occultations, tergiversations, manipulations …).  Force a été de me rendre compte qu’il existait bel et bien des cas de maltraitance, parfois même très graves, comme des viols, commis par des personnes vivant ces relations. C’est ainsi que j’ai organisé, fin janvier, un premier espace de parole autour de ce thème[4] et que j’ai proposé ma participation avec une présentation sur ce sujet à la « 2nd Non-Monogamies and Contemporary Intimacies Conference  ».

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La maltraitance, la manipulation, les abus, les violences psychologiques et physiques et le phénomène de l’emprise :

Tout d’abord, il est important de signaler que la maltraitance, la manipulation, les abus et les violences physiques et psychologiques touchent toutes les sphères de notre société. Absolument toutes. Y compris les milieux non-monogames (polyamoureux, anarchistes relationnels ou autres). Pour les personnes qui organisent des évènements concernant la non-monogamie, cela devrait être une préoccupation et une vigilance constante. Pour celles.ceux qui décident de vivre autrement leurs relations et commencent à participer à des événements afin de mieux comprendre comment les vivre, il est nécessaire de se renseigner, d’entendre des témoignages et rencontrer des personnes qui les vivent.  Penser que dans ces configurations relationnelles tout est respect, consensus, communication non violente et amour, n’est qu’illusion et une lamentable méprise. Se sentir protégé.e.s,  parce qu’il y a plusieurs partenaires, est méconnaître la réalité des abus, souvent commis par des proches, sans que personne de l’entourage ne le soupçonne.

Je souhaite également préciser que nous sommes toutes et tous, à un moment ou à un autre de nos vies, manipulatrices/manipulateurs, maltraitantes/maltraitants, violentes/violents, d’une manière ou d’une autre. Que nous pouvons également, toutes et tous, subir cela à un moment ou un autre. Il peut y avoir des relations saines qui, à un moment, deviennent toxiques. Si nous en avons conscience, si nous réagissons, si nous demandons de l’aide (amicale, groupale ou thérapeutique, ou autre), si nous en parlons avec nos partenaires afin de trouver des solutions, il s’agit de situations passagères qui peuvent certes créer des blessures ou des traumas psychologiques (parfois légers, d’autres pas), mais elles ne correspondent pas à des situations réitérées de maltraitance, ni d’emprise. La différence réside en le fait que la maltraitance, les violences psychologiques et physiques répétées, créent une véritable situation d’emprise de laquelle il est difficile de sortir et laissent des traumas importants. Elles peuvent être accompagnées de phénomènes de sidération, de dissociation et de mémoire traumatique. Lorsque cela devient un moyen de fonctionnement répété, habituel, sur la durée, il y a un but : c’est celui de dominer l’autre, de le contrôler, de le maintenir dans un état d’objet. Il est alors question d’emprise.

Il est communément admis, que l’emprise passe par trois grandes étapes que je vais illustrer (comme cela se fait souvent ), par des termes provenant de la pêche, qui décrivent la meilleure manière d’attraper un poisson, donc une proie.

  1. La séduction (ou appât au bout de l’hameçon, c’est-à-dire un leurre : qui est un dispositif destiné à tromper les poissons lors de la pêche)
  2. La déstabilisation (ou ferrage : fait de donner un coup sec du poignet, au moment où l’on sent que le poisson mord et commence à se débattre, afin d’engager le fer de l’hameçon dans les chairs.)
  3. L’emprise (capture : le poisson est pris, détaché de l’hameçon. Il se débat jusqu’à mourir)

Lorsque l’emprise est en place, il n’y a qu’une seule solution : se décrocher de l’hameçon et s’enfuir pour ne pas revenir !   Car il y a toujours reprise de ce cycle (voir le schéma à la fin de l’article), lorsque la personne sous emprise essaie d’en sortir, se débat, confronte et souhaite se sauver, sans y arriver.

L’emprise se base sur des mécanismes qui ont pour but de :

–              Faire douter l’autre de ses propres pensées/sentiments/ressentis[5]

–              Faire perdre ses repères

–              Créer une situation de dépendance

–              Provoquer la peur

–              Faire ressentir de la honte et/ou de la culpabilité

–             Contrôler

Les abus et la violence peuvent causer de la sidération. C’est-à-dire un blocage total qui protège de la souffrance en s’en distanciant. Cela peut prendre la forme d’un état où la personne reste figée, inerte et donne l’impression d’une perte de connaissance ou bien présente une rigidité extrême (poings crispés, mâchoire serrée), ou bien, au contraire, est secouée par des tremblements irrépressibles. Cela peut être suivi par de l’anxiété, des vertiges, des pertes de mémoire, des vomissements. Un sentiment de manque de repères, de la culpabilité, de la honte et de la peur[6]

Et amener à la dissociation. C’est-à-dire à une séparation entre des éléments psychiques et/ou mentaux, qui, habituellement, sont réunis et communiquent. C’est un processus mental complexe mis en place de manière inconsciente afin de pouvoir faire face à des situations douloureuses, traumatisantes ou incohérentes[7].

Bien entendu, il peut arriver que la personne qui vit les maltraitances, se rende compte qu’elle est dans un processus dont il lui sera difficile de sortir et qu’elle arrive à s’en dégager avant de ne plus pouvoir le faire[8]. Bien qu’il arrive encore plus souvent, que la personne qui domine, arrive à lui prouver qu’elle se trompe, que la situation n’est pas ce qu’elle croit et le processus redémarre, comme signalé dans le schéma ci-dessous. Il y a une nouvelle phase de séduction, suivi de celle de déstabilisation. Ce cycle peut se répéter de multiples fois, affaiblissant de plus en plus la personne sous emprise et anéantissant progressivement ses mécanismes de défense. A ce moment-là, il faut souvent arriver à un stade où un élément trop violent l’amène à réagir et à demander de l’aide. C’est là où il est indispensable de la croire et de la soutenir.

Si vous voulez plus d’informations, je vous invite à visiter les sites web de deux femmes formidables et écouter/lire leurs informations sur l’emprise :  Anne-Laure Buffet et  Muriel Salmona [9].

La maltraitance, la manipulation, les abus, les violences psychologiques et physiques dans le cadre de relations non-monogames :

J’ai choisi pour option celle de présenter les caractéristiques ou situations possibles – où la maltraitance peut avoir lieu, de manière répétée et accompagnée, ou pas d’emprise -, liées au contexte des relations non-monogames et également non-hétéronormées. Je les accompagne d’exemples inspirés d’échanges et de témoignages (anonymisés -prénoms fictifs- et recréés : c’est-à-dire que les contextes ne sont pas forcements les mêmes ou bien j’ai regroupé plusieurs expériences du même type en une), que j’ai pu connaître aussi bien dans un cadre personnel que professionnel. Ainsi que de mon propre vécu. Je souhaite souligner que cette présentation est loin d’être exhaustive mais elle est indicative de certains procédés. Elle a pour but de donner des pistes sur les spécificités liées aux relations non-monogames, qui peuvent « faciliter » des relations de maltraitances, afin de les connaître et les reconnaître, aussi bien pour soi-même que pour des personnes de notre entourage, qui vivent ou souhaitent vivre des relations non-monogames.

1 – La hiérarchie :

Nous vivons dans une société patriarcale et hiérarchique. Cela se retrouve également dans les relations non-monogames. Il existe le polyamour hiérarchique[10], qui propose un fonctionnement où il y a une relation principale (avec des privilèges) et des relations secondaires ou satellitaires. Dans ce type de relation, l’oppression, le contrôle et la manipulation peuvent être au rendez-vous. Je tiens à souligner que, heureusement, cela n’est absolument pas systématique, bien que la structure elle-même de ce type de relations, avec une hiérarchie, peut facilement s’y prêter.

Le contrôle :

Dans les relations hiérarchiques, la relation primaire peut imposer certains accords ou fonctionnements aux autres relations, afin d’ainsi garder le contrôle à la fois sur leur propre relation et sur les autres. L’idéal serait que toutes les personnes puissent avoir connaissance des accords et la possibilité de s’exprimer à leur sujet.

Ex :

Dans leur couple, Martin et Pierrette, qui vivent ensemble, ont convenu qu’il leur est possible d’avoir d’autres relations. Leur décision a été prise à une condition, impérative : ne jamais passer de nuit avec l’autre. Martin a une relation avec Jade qui vit très mal cette imposition. Alors, Martin décide de rompre cette relation secondaire en disparaissant (« ghosting[11]« ) et en évitant ainsi à avoir à donner des explications. Du coup, Jade s’inquiète, se demande ce qui est arrivé, culpabilise et déprime.

Le temps :

Dans les relations plurielles, il est très souvent question de la gestion de temps et du manque de temps. Il est souvent difficile d’arriver à gérer plusieurs relations. Ce sujet peut être un élément de pression et de manipulation.

Ex :

Damien a une relation primaire avec Chloé. Ils vivent ensemble. Alicia est une relation secondaire, vraiment secondaire, car après une période « lune de miel », Damien n’a jamais beaucoup de temps pour la voir. Alors qu’auparavant, ils partageaient beaucoup de sorties, maintenant, leur relation est devenu un 5 à 7, chez Alicia, lorsque Damien a le temps. Alicia est célibataire, n’a pas d’autres relations à ce moment-là (même si elle est polyamoureuse), donc facilement disponible. Lorsqu’elle essaie de s’exprimer Damien n’a pas le temps. Il ne répond pas. Leurs échanges se font uniquement par SMS pour prendre ou annuler (de plus en plus souvent) leur rdv ou lorsque Damien lui envoie des « sextos ». Damien prétexte des soucis de gestion de temps entre son travail, sa relation primaire et ses autres relations secondaires. Reproche à Alicia son manque de compréhension, l’accuse de « monogamie » car elle n’a pas d’autres relations que lui et l’incite fortement à aller voir ailleurs, tout en lui disant qu’elle en est de toute façon incapable[12].

2 – Les non-dits :

Il est souvent admis que dans les relations plurielles, il y a consensus et transparence, notamment quant au nombre des relations, qui elles sont et de quel type de relation il s’agit : purement sexuelle, affective, sexo-affective. Qu’il est bon de dire, mais de ne pas tout dire. Par exemple, de ne pas donner des détails sur la sexualité. Ceci étant posé, il arrive qu’il existe des non-dits qui peuvent venir envenimer les relations.

Ex :

Melissa est en relation avec Toby, qui a déjà une relation avec Béatrice. Les deux sont au courant, mais Toby ne parle pratiquement pas de cette autre relation sauf pour s’en plaindre. Notamment de sa jalousie. Ce qui pose question à Melissa. Par ailleurs, elle ne sait jamais quand ils se voient, ni même s’ils se voient, mais trouve régulièrement des traces de Béatrice (ou d’une autre femme ?) chez Toby (qui vit seul) : cadeaux, linge et autres divers objets. Elle culpabilise à la fois du fait que sa relation avec Toby puisse rendre malheureuse Béatrice et vit mal, ce qu’elle considère comme « un marquage de territoire ». Elle se pose de multiples questions, d’autant plus qu’elle est très franche avec et au sujet de ses autres relations. Quand elle essaye d’expliquer que cela la dérange, elle n’est pas entendue et se trouve confrontée à un mur de silence. Elle n’arrive pas exprimer son ressenti, qui est nié ou considéré comme outrancier.

3 – Le/la « mentor » :

Il peut s’agir d’une personne très active dans le milieu non-monogame, qui s’exprime très bien au sujet des relations plurielles. Elle a beaucoup lu sur le sujet, elle peut animer ou pas un café ou autre espace poly, peut-être écrit-elle également, fait des vidéos, a une page Facebook ou un blog.

Ou bien encore, tout ce qu’elle connaît n’est que théorique et elle va le mettre en pratique avec quelqu’un.e dont elle sera initiatrice.

En tout cas, c’est une personne qui a un discours cohérent et très structuré sur ce thème. Attention : je ne veux pas dire par là que toute personne qui « initie » une autre aux relations non-monogames, ou anime un espace poly, soit une personne qui peut devenir « malveillante » ou dangereuse. Je signale juste que cette situation peut permettre de la maltraitance, sans que personne ne s’en doute, comme dans les exemples que je donne.

Relation non-monogame :

Ex :

Déborah est ouvertement non-monogame, elle a une relation principale, d’autres partenaires et elle est très active dans différents groupes. Un jour, elle rencontre Sylvain, qui est également très actif. Ils commencent une relation très visible partout (notamment dans les médias et sur les réseaux sociaux), qui a l’air faite de dialogue et de bienveillance. Sauf que dans l’intimité Sylvain est manipulateur, abuse sexuellement à de nombreuses reprises de Déborah, la critique, la dévalorise et trouve toujours de très bonnes raisons pour se justifier. Elle commence à douter d’elle-même, fait toujours bonne figure en public et se montre très attentionnée envers lui. En même temps, elle s’efface, prend de moins en moins la parole, maigrit, sans que personne ne s’en rende compte. Y compris son partenaire principal et ses autres relations.

Relation mono-poly[13] :

Ex :

Cyrille est non-monogame de longue date lors de sa rencontre avec Dominique. Dominique a toujours été monogame. Mais, c’est « la passion ». Cyrille a clairement signifié à Dominique que la monogamie ne lui convient pas et que dans leur relation, Dominique doit accepter ce fait. Dominique y consent par peur de perdre Cyrille, mais le vit très mal. Alors Cyrille part dans de grands discours sur la liberté relationnelle, sur son besoin d’avoir plusieurs relations, sur le fait que Dominique est un esprit étriqué qui ne comprend rien au polyamour ou à l’anarchie relationnelle, qu’il faut lire et encore lire, s’informer, aller à des rencontres polys (où Dominique n’arrive pas à se sentir bien et se contente d’observer sans rien dire) et apprendre à gérer ses sentiments. Cyrille fait de constants reproches et parle beaucoup de la « jalousie » de Dominique, qui perd de plus en plus confiance, qui culpabilise de ne rien comprendre aux relations non-monogames, qui se sent rien du tout face à Cyrille. Finalement, Dominique se décide à avoir d’autres relations et là Cyrille souhaite l’aider « à les gérer », en lui montrant la moindre erreur, le plus petit faux-pas. Dominique finit par rencontrer une personne monogame et décide de quitter Cyrille, en jurant que la non-monogamie ça ne marche pas ! Cyrille se montre extrêmement méprisant.e notamment devant toutes leurs amitiés communes.

4 – Le secret :

Lorsqu’on vit des relations dont il n’est pas possible de parler librement et que cela ne se passe pas bien, il est très difficile de se confier à des personnes (amitiés, famille, psy …) qui vont soit ne rien vouloir entendre, ni comprendre, soit répondre qu’évidemment cela ne marche pas, puisque ce sont des relations aux choix « immatures, immoraux, inacceptables, … ». Dans ce cas, bien des personnes préfèrent ne rien dire sur leurs choix de vie et les gardent secrets.

Si nous prenons l’exemple de Dominique dont je viens de parler et qui dans mon histoire, a fini par s’en sortir, il est évident que, n’appartenant pas au milieu « poly » et ne s’y sentant pas bien, il est difficile dans ce cas, d’y trouver du soutien. Notamment parce que Cyrille est d’une grande éloquence et prend toute la place. Tout comme il est difficile d’en parler dans un autre environnement, car ce sera immédiatement questionné.

Mais il peut y avoir également d’autres situations :

Ex :

Anastasia a toujours senti que la monogamie ne lui convenait pas. Après plusieurs relations où l’infidélité est arrivée à un moment ou un autre (où elle a toujours caché le fait qu’elle avait plusieurs relations), par une émission télévisée, elle découvre le polyamour. Après de nombreuses lectures, elle se décide à vivre ainsi ses relations, tout en ne disant rien sur ce fait, à son entourage. Un jour, elle rencontre une personne comme Cyrille et un processus similaire (à celui évoqué précédemment),  va se mettre en place. Déstabilisée, déboussolée, elle ne sait pas à qui se confier, car elle n’a parlé à personne et n’arrive pas à en parler, du fait qu’elle n’est pas monogame. Elle garde son mal-être pour elle-même et tout en ayant plusieurs relations, au lieu de s’épanouir, dépérit, ce qui a des effets sur sa vie professionnelle. Cela se termine par un « burn-out », dont la raison première est l’impossibilité d’exprimer ce qu’elle vit dans sa vie personnelle.

5 – Le problème d’être dans des relations hors du système :

Souvent, aussi bien dans le milieu poly que dans un environnement monogame, le fait d’avoir une relation différente fera qu’il sera beaucoup plus difficile d’en parler et d’être entendu.

Ex :

Paul a deux relations dont une abusive, mais il s’agit d’une personne monogame. Il essaye d’en parler dans le milieu poly et avec son autre partenaire, mais ce qu’il entend c’est que c’est normal puisque l’autre n’est pas non-monogame. Parallèlement, lorsqu’il en parle à sa famille, cette personne est encensée car justement monogame. Son psy, considère que la non-monogamie n’est pas quelque chose de sain, ni d’équilibré, que les personnes qui vivent ce type de relations ne le sont donc pas et qu’il devrait en sortir afin de trouver une personne (et une seule) qui lui convienne vraiment. Du coup, il est complètement déboussolé et ne sait pas à qui se confier.

6 – La jalousie (et l’envie) :

Je distingue toujours la jalousie de l’envie , souvent confondues. Je trouve par ailleurs, essentiel de donner des définitions des 2 :

  •       La jalousie est liée à la possession de la personne avec qui nous sommes en relation sexo-affective. Il s’agit alors de la peur de perdre l’affection de cette personne au profit d’une autre ou d’être remplacé.e dans la relations par un.e autre :

Ex : Y. commence une relation avec Z. alors qu’il est déjà avec X. et X. a peur d’être abandonné.e car il imagine Z. mieux que lui/elle.

  •        L’envie est liée au fait de désirer des objets, des activités, un lien affectif ou sexuel, que la personne avec qui nous sommes en relation a avec d’autre.s personne.s :

Ex : Y. a décidé de partir en week-end avec Z. dans un lieu où X aimerait aller avec Y. Du coup, X. ce sont très mal, souffre de ne pas pouvoir vivre la même chose.

Sujet récurrent dans les discussions autour de la non-monogamie. Souvent montré comme à l’origine de beaucoup de souffrances. La jalousie est souvent montrée comme mécanisme de contrôle. Elle peut être aussi un outil de manipulation, lorsque la personne jalouse se montre comme victime de ses « pulsions ». Cela peut avoir lieu aussi bien dans relations hiérarchiques où il y a un couple central et des relations secondaires que dans d’autres configurations avec des métamours  :

Ex :

Amandine est ouvertement non-monogame. Elle a plusieurs relations et semble toujours ouverte à en avoir. Elle est en relation primaire avec Boris (mais ils ne vivent pas sous le même toit) qui a aussi d’autres relations et est ouvert à en avoir. Boris ne montre pas de signes de jalousie lorsque Amandine lui parle de ses autres relations ou lorsqu’elle est avec elles. Par contre, à chaque fois que Boris a une relation, cela pose problème à Amandine. Elle change constamment les manières de procéder qui ont été établies en commun. Parfois elle veut tout savoir, tout, tout, en détail, d’autres elle ne veut pas savoir, mais ensuite pose mille et une question. D’autres encore, elle ne dit rien pendant des semaines puis, tout à coup, fait une crise juste avant que Boris n’aille rejoindre une autre relation. Amandine est constamment sur son téléphone. S’il y a un retard de 5 mn, un quelconque changement (par exemple Boris souhaite rester plus longtemps avec une autre personne) elle panique. Il arrive que Boris soit obligé d’annuler un rdv pour calmer Amandine ou bien, arrive en retard et raccourcisse le temps passé avec son autre relation, car il a dû s’arrêter en chemin pour calmer Amandine qui a des crises d’angoisse. De cette manière, Amandine s’assure d’avoir toujours sa place principale. Boris a dû rompre plusieurs relations à cause de la jalousie d’Amandine et depuis un certain temps, il a pris la décision, de ne rien dire quand il va à un rdv, tout en ayant peur qu’Amandine ne s’en rende compte.

Parfois Boris fatigue, a envie de quitter Amandine, mais à ces moment-là, Amandine devient très compréhensive, n’a plus de crises, n’angoisse plus, reste ferme sur les décisions prises (par exemple, ne rien dire jusqu’à ce qu’une nouvelle relation soit bien établie). Mais cela ne dure jamais longtemps et le cycle recommence.

7 – Les enfants :

Tout comme dans les relations de couple marié ou lorsque l’enfant a été reconnu, l’enfant peut être l’objet d’abus lui-même mais avec en plus le facteur qu’une personne qui s’en occupe n’a pas l’autorité parentale pour pouvoir intervenir, parce qu’elle n’en a pas le pouvoir légal, parce qu’elle ne s’en sent pas le droit, à cause du fait que le type de relation est « hors-normes » sociales et légales. Ou bien encore, l’enfant peut être l’objet de chantages et de pression et si une personne n’en est pas officiellement tuteur ou reconnu comme géniteur.trice, les ponts peuvent être coupés.

Ex :

Matilde a eu un enfant avec Daniela, les deux sont reconnues comme mères car mariées. Le géniteur est Patrice, un homme pansexuel et polyamoureux. Il ne reconnait pas légalement l’enfant à la naissance, ce qui a été convenu dès le départ, à la demande de Daniela. Mais il souhaite s’investir affectivement en tant que père. Matilde subit des violences psychologiques de la part de Daniela. Patrice essaie de la protéger, de faire valoir le fait qu’il est le père de l’enfant. Daniela fait en sorte de couper tous les ponts. Elles partent vivre dans une autre ville sans laisser d’adresse.

Matilde et son enfant sont en danger. Patrice se retrouve impuissant, sans aucun recours légal pour intervenir et sans nouvelles de son enfant.

Je pense qu’il est tout à fait possible de continuer la liste. Moi-même j’aurais pu le faire, cependant elle est ici pour donner des pistes sur les spécificités liées aux relations non-monogames, qui peuvent « faciliter » des relations de maltraitances, afin de les connaitre et les reconnaître, aussi bien pour vous que pour des personnes que vous connaissez, qui vivent ou souhaitent vivre des relations non-monogames.

(Si vous connaissez ou avez vécu d’autres situations, n’hésitez pas à les partager, de manière anonyme, en commentaires, car cela pourra aider d’autres personnes qui s’y reconnaîtront et à donner votre avis sur cet article, qui est certainement améliorable).

Que peut-on faire dans les milieux non-monogames et depuis l’extérieur pour déceler, éviter et intervenir ?

La première chose est d’avoir conscience que, comme je l’ai expliqué au tout début, la maltraitance, la manipulation, les abus et les violences physiques y psychologiques touchent toutes les sphères de notre société patriarcale. Absolument toutes. Y compris les milieux non-monogames. Le nier c’est être dans le déni et donc mettre en péril un grand nombre de personnes qui, ingénument, se croiront en sécurité dans des relations où tout ne serait « qu’amour et bienveillance ».

Voici quelques pistes pour rendre plus « safe » les événements « poly »:

  • Ecrire, publier, distribuer et/ou lire une charte avant chaque évènement.
  • Désigner des personnes (avec une formation si possible concernant l’accueil de la parole des personnes ayant subi des abus[14]) auxquelles s’adresser lors des évènements et/ou par la suite.
  • Croire en priorité les personnes qui témoignent de violences et bannir systématiquement les personnes responsables desdites violences[15].
  • Avoir une liste de thérapeutes « poly-friendly» à qui s’adresser.
  • Observer si le comportement d’une personne (notamment dans une nouvelle relation) est en train de changer ou si quelqu’un.e refuse de s’adresser à un.e autre ou si une personne très présente, ne participe plus à des évènements (sans raison apparente ou sans explication) et aller lui parler.

Pour savoir comment faire de manière individuelle, alors que nous sommes en dehors d’une relation abusive ou toxique, mais nous pensons qu’elle existe ou nous en avons des preuves, je vous propose de lire l’article (notamment la fin) de Golfxs con Principios que j’ai traduit et publié en novembre dernier.

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https://payetoncouple.tumblr.com/

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[1] Ignorant l’existence de la polyamorie et des communautés autour des relations non-monogames.

[2] Dans le groupe Poliamor Catalunya, au moindre doute, une personne est bannie après décision prise entre les administrateurs.trices. Le premier soir de l’Eixam a commencé par un atelier sur le consentement. Des « mentors » ou personnes de référence ont été désignés pour répondre aux différents problématiques possibles pouvant se présenter pendant le week-end.

Pour la France, il suffit de lire les réactions sur le site http://polyamour.info/ à la publication de la traduction que j’ai faite de l’article de Brigitte Vasallo « Polyamour et « polyfake » pour se rendre compte du rejet et du déni qu’il existe, concernant ce thème.

[3] https://www.conseil-sexualites-elisende.com/espace-non-monogamies/polyamour/anarchie-relationnelle/

[4] En plus des témoignages, déjà recueillis dans le cadre de ma pratique professionnelle de patricienne en sexothérapie, lors de cet espace, d’autres personnes ont parlé et m’ont apporté de nouveaux éléments, qui m’ont permis de compléter cet article. Je les en remercie très sincèrement.

[5] En changeant des propos (« gaslighting »), en copiant certains comportements pour les détourner ensuite, en utilisant des injonctions paradoxales (connues également sous le terme de double contrainte, « double blind » en anglais), en niant les faits et/ou en se défendant devant la présentation des faits réels de maltraitance.

[6] . https://cvpcontrelaviolencepsychologique.com/2014/09/24/etat-de-sideration-definition/

[7] https://cvpcontrelaviolencepsychologique.com/2014/09/25/etat-de-dissociation-definition/comment-page-1/

[8] Notamment, si elle a déjà pris conscience d’avoir été sous emprise auparavant et qu’elle a réussi à s’en sortir par le passé.

[9] http://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/introduction.html

http://www.memoiretraumatique.org/violences/introduction.html

[10] « Schéma de relation utilisé par certain-e-s polyamoureux-ses pour décrire différents degrés d’engagement avec leurs partenaires. Une relation primaire implique un plus grand engagement qu’une relation secondaire, qui elle-même implique plus d’engagement qu’une relation tertiaire. Cependant la définition de cet engagement est très variable d’une personne à l’autre, mais implique souvent une combinaison d’un engagement émotionnel, un engagement logistique (vie ou finances en commun, enfants, etc.), et des règles limitatives sur les autres relations (par exemple d’arrêter une relation secondaire si elle « menace » une relation primaire). » http://polyamour.info/lexique/

[11] Le fait de ne plus donner signe de vie, de disparaitre du jour au lendemain, pour éviter la confrontation d’une rupture et ne pas avoir à se justifier.

[12] Injonction paradoxale.

[13] Une personne polyamoureuse en relation avec une autre personne qui est monogame.

[14] Attention aux personnes qui, avec toute la meilleure volonté du monde, mais sans formation, peuvent envenimer une situation au lieu d’offrir un accompagnement d’écoute bienveillante et de soutien.

[15] Quitte à se tromper, il est plus important de protéger les victimes ou futures victimes que de froisser quelqu’un parce qu’on l’aura banni.

La jalousie dans les relations alternatives à la monogamie. Elisende Coladan

Traducció al català sota l’article en francès

Adrià Gual – La Rosada – 1897 – MNAC – Barcelona20150312_131725-2

La jalousie est un thème récurrent lorsqu’il s’agit de relations sexo-affectives[1]. En ce qui concerne les relations monogames, elle est considérée comme faisant partie des relations amoureuses, notamment romantiques. Elle est même souvent vue comme un corollaire. Il y a cette idée que « si on n’est pas jaloux, on n’aime pas vraiment ». Tout cela s’accompagne de son lot de souffrance, de malaises, de non-dits et de secrets, avec des infidélités[2] et l’adultère[3]. C’est un aspect de la pensée monogame dans laquelle l’autre vient nous compléter, combler des vides, répondre à des attentes, satisfaire des besoins (affectifs, sexuels, économiques ou autres) et où il n’y aurait besoin de personne d’autre que cet alter ego, cette moitié, cette « âme sœur », « cette flamme jumelle », qui nous comprendrait sans besoin de parler, qui irait jusqu’à devancer nos désirs.

Même si nous vivons des relations non-monogames, n’oublions pas que tout notre environnement se base sur ce type d’idées qui se retrouvent un peu partout dans les publicités, les films, les séries, les romans, les articles sur les relations amoureuses et/ou sexuelles et dans nos institutions y compris[4]. Dans ce sens, il n’est pas étonnant que même si en théorie, l’idée de jalousie pourrait paraître incongrue du moment où nous souhaitons vivre des relations plurielles égalitaires, dans le dialogue, l’échange et dans la bienveillance, nous nous retrouvons face à des sentiments contrastés, qui s’apparentent fort à ceux de la jalousie.

Chaque situation peut avoir des expressions multiples, que j’illustre avec quelques exemples (en italique), qui peuvent aller de :

  • La culpabilité : qu’est-ce que j’ai fait pour que l’autre personne veuille être (ou passer plus de temps), avec quelqu’un d’autre que moi ?
  • La douleur : le.la savoir avec une autre personne me fait du mal et par conséquent je souffre.
  • L’insécurité : savoir l’autre avec quelqu’un.e fait que je ne me sente pas en sécurité dans la relation. J’ai peur qu’il.elle me quitte.
  • La peur d’abandon : cette sensation que l’autre peut partir ailleurs et me laisser seul.e.
  • Les demandes excessives : je voudrais que l’on passe encore plus de temps ensemble, alors que je sais que c’est compliqué/difficile pour l’autre.
  • Le doute, la suspicion : je n’arrive pas à faire confiance, je souhaite tout savoir en détail.
  • La négation : je ne veux rien savoir, parce qu’ainsi je ne souffre pas, alors que si je m’informe, je souffre encore plus. Ce qui peut être une forme de fuite : ne rien savoir plutôt que d’affronter une réalité qui « dérange » et travailler sur ce qui se passe pour la vivre le mieux possible.
  • L’insécurité : je ne suis pas suffisamment intelligent.e, joli.e, intéressant.e, pour que cette personne ne veuille être qu’avec moi et du coup aille voir ailleurs.
  • La honte : je suis dans des relations non-monogames et pourtant j’éprouve de la jalousie, alors je m’empêche de l’exprimer.
  • La déstabilisation : je sens que l’autre change quand il a une nouvelle relation et cela me demande à chaque fois un temps d’adaptation plus ou moins long, plus ou moins difficile à gérer au niveau des émotions.

à bien d’autres…

Mais, justement, s’agit-il réellement de la jalousie ? Et, au fait, qu’appelle-t-on jalousie ? Sous ce mot, il y a différents éléments que l’on regroupe sous « le parapluie » de la jalousie et qui n’en sont pas forcément. Je vais en donner quelques exemples. Seule la première définition correspond à la jalousie.

Jalousie mot valise :

La jalousie : un désir exclusif de possession de l’autre ainsi que de son affection et de son temps. Dans ce sens, toute personne (ou une action, ou une chose : un sport, travail, etc) qui prend de la place dans une relation, ou qui est suspectée de le faire, provoque un mal-être.

Autres aspects considérés comme jalousie:

  1. L’envie : un désir de possession matérielle ou physique. C’est-à-dire, vouloir posséder ce que l’autre personne a et partage. Par exemple, une personne ne va jamais dans certains lieux, ou ne partage pas certaines activités avec nous, mais avec d’autres/un.e autre.s.
  2. Le mensonge, la trahison, la dissimulation : avoir une nécessité de savoir ce qui passe, ce qui arrive, d’une clarté, de dialoguer car il y a l’intuition que quelque chose n’est pas dit. Le cas le plus fréquent étant donc les relations cachées, secrètes, ou non explicitées (il.elle dit que c’est un.e ami.e mais la relation est aussi sexuelle ou bien, il.elle dit qu’ils.elles sont allé.e.s au cinéma et en fait ils.elles étaient chez lui.elle, …)
  3. Vouloir protéger, « sauver », prendre soin de l’autre personne et essayer de lui éviter les relations que nous jugeons potentiellement ou réellement nuisibles pour elle, son environnement (ses enfants), pour elle ou pour nous-mêmes.
  4. Des attentes non abouties: par exemple, vouloir voir très souvent quelqu’un.e qui ne le peut pas ou ne le souhaite pas, que ce soit pour des raisons de travail, de besoin d’espace pour elle/lui ou de solitude, d’avoir d’autres relations sexo-affectives, de passer du temps avec d’autres personnes quelles qu’elles soient.

Et puis, il peut y avoir toute sorte de situations qui peuvent être interprétées comme de la jalousie et qui n’en sont pas forcément. Par exemple, avoir besoin dans certains espaces nouveaux d’être rassuré.e par la présence de notre partenaire et vivre mal de se retrouver seul.e à ce moment-là, alors que lui.elle communique facilement avec de nouvelles personnes[5]. 

Dans toutes ces situations il y a une notion transversale qui est celle du « droit de regard » (cf article de Père Picornell https://nonmonogamie.wordpress.com/2016/09/08/le-droit-de-regard-la-potestat-pere-picornell-amors-plurals/). Pourquoi, par le seul fait, d’être en relation sexuelle et/ou affective, nous nous octroyons le droit de savoir ce que l’autre fait, avec qui il.elle est, où il.elle est ou va, … Alors que cela fait partie de la liberté individuelle de chaque personne de pouvoir disposer de son temps, de rencontrer qui elle souhaite et de circuler librement. Pourquoi, par le seul fait d’être en relation avec quelqu’un.e nous devrions connaître tous ses faits et gestes, donner notre avis sur ce qu’il.elle fait ou pas, établir des contrats avec des limites et/ou des restrictions ?

Comment arriver à résoudre ces conflits :

Déjà, il me semble important d’arriver à déterminer où nous nous situons, dans les différentes formes d’expressions présentées ci-dessus, de ce qui est communément compris comme jalousie. Tout comme en reconnaître les expressions. Les identifier est déjà un premier pas pour pouvoir les gérer et vivre les relations plurielles sans (trop) en souffrir.[6]

Ce n’est qu’ensuite qu’il est possible de travailler sur ce qui les provoque. Dans ma pratique, lors des consultations, je travaille souvent avec une perspective intergénérationnelle (générations vivantes) et transgénérationnelle. Je peux l’expliquer de la façon suivante : lors d’une problématique présentée, des éléments comme des secrets, des non-dits et des répétitions apparaissent. Par exemple, une arrière-grand-mère née d’un adultère et cela a toujours été caché, parfois accompagné d’un sentiment d’injustice (mère devant l’élever seule et se retrouvant rejetée par la société, mère devant épouser quelqu’un qu’elle ne voulait pas, pour qu’il reconnaisse l’enfant, mère qui avorte pour que cela ne se sache pas …). Autre possibilité : un.e ancêtre qui a souffert des nombreuses « relations cachées » de son/sa conjoint.e. L’une ou l’autre de ces situations peuvent se retrouver chez une personne vivant très mal la – ou les autres – relation.s de son.sa partenaire, alors qu’en théorie, elle vit et souhaite même, bien vivre, des relations non-monogames. Elle en souffrira, pourra être sujette à une profonde tristesse, une grande insécurité, un sentiment d’abandon, des peurs irraisonnées, voire des problèmes alimentaires, d’alcoolisme ou autres addictions destructrices, qui ne sont qu’autant de manière d’exprimer les ressentis enfouis. Comprendre cela peut permettre de travailler ses propres ressentis lorsqu’une nouvelle relation arrive dans une configuration non-monogame et de les dépasser.

D’autres fois, il n’est pas nécessaire d’aller aussi loin. Reconnaître puis s’interroger sur l’origine de nos expressions de la jalousie, peut permettre d’accéder à ce qui a pu se passer lors de l’enfance, ou dans des relations antérieures, et ainsi mieux comprendre nos ressentis.

En tout état de cause, ne pas voir la jalousie comme un tout, mais en comprendre les différentes manifestations et expressions, peut déjà apporter un début de compréhension et des pistes pour la travailler. Le dialogue et l’échange entre partenaires, ainsi que l’accueil de ses propres émotions et celles des autres personnes dans la relation, sont également d’excellents approches pour arriver à la gérer. Tout comme déconstruire les schémas présents dans notre société, notamment à travers les médias et les productions culturelles, telles que les romans, les films, les pièces de théâtre et autres, qui veulent qu’amour et jalousie aillent de pair.

Pour finir, ne pas oublier que la jalousie peut être utilisée comme un véritable instrument de contrôle sur l’autre (surveiller ses faits et gestes, son emploi du temps, son téléphone, son ordinateur …) et dans ce cas, il s’agit d’une forme réelle de violence psychologique.

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[1] J’utilise le terme « relation sexo-affectives » de préférence aux adjectifs « sexuelles » ou « amoureuses » ou « amicales ». Je considère que les relations peuvent être tout cela à la fois, ou juste une des composantes selon les personnes ou les moments.

[2] Manque de fidélité, de respect à un engagement. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/

[3] Violation du devoir de fidélité entre époux. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/

[4] L’article 212 du Code civil rappelé par l’officier d’état civil lors de la célébration de chaque cérémonie de mariage prévoit expressément que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance ».

[5] Ce qui est mon cas, probablement parce que je suis neuroatypique.

[6] Il me semble évident qu’une bonne communication avec nos partenaires est indispensable et doit être la base de toute relation.


La gelosia en les relacions alternatives a la monogàmia.
Traducció de Jordi Oliva Papiol

La gelosia est un tema recurrent quan es tracta de relacions sexo-afectives[1]. Pel que fa a les relacions monògames, es considera que forma part de les relacions amoroses, sobretot romàntiques. Sovint inclús es veu com un corol·lari. Hi ha la idea que « si on ets gelós, no estimes de veritat ». Tot això s’acompanya de força patiment, de malifetes, de silencis i de secrets, amb infidelitats[2] i adulteris[3]. És un aspecte del pensament monògama en el que l’altre ve a completar-nos, omplir buits, correspondre a esperes, satisfer necessitats (afectives, sexuals, econòmiques o d’altres) i on no necessitarem ningú més fora d’aquest alter ego, aquesta mitat, aquesta « germana bessona », « aquesta flama compartida », que ens entendrà sense necessitat de parlar, que anirà inclús per davant dels nostres desitjos.
També si vivim relacions no-monògames, no oblidem que tot el nostre entorn es basa sobre aquest tipus de idees que es retroben una mica per tot arreu a la publicitat, als films, a les sèries, a les novel·les, als articles sobre les relacions amoroses i/o sexuals i dins les nostres institucions[4]. En aquest sentit, no es pas sorprenent que inclús si en teoria, la idea de gelosia podria semblar incongruent des del moment que desitgem viure relacions plurals igualitàries, amb diàleg, intercanvi i amb bona entesa, ens retrobem amb sentiments contradictoris, que se semblen força a la gelosia.
Cada situació pot tenir expressions múltiples, que mostro amb alguns exemples (en cursiva), que poden anar de :
• La culpabilitat : què és el que faig que fa que l’altra persona vulgui estar (o passar més temps) amb un altre que amb mi?
• El dolor : saber-la amb una altra persona em fa mal i per tant pateixo.
• La inseguretat : saber l’altre amb una altra persona em fa no sentir-me segur de la nostra relació. Tinc por que em deixi.
• La por a l’abandó : aquella sensació que l’altre pot marxar a un altre lloc i deixar-me sol/a.
• Les demandes excessives : voldria que passéssim més temps junts encara, malgrat que sé que es complicat/difícil per a l’altre.
• El dubte, la sospita : no acabo de tenir-li confiança, desitjo saber-ne els detalls.
• La negació : no vull saber-ne res, així no pateixo pas, perquè si m’informo, pateixo encara més. El que pot ser una forma de fugida: millor no saber res que afrontar una realitat que « molesta » i treballar sobre el que passa per viure el millor possible.
• La inseguretat : no sóc prou intel·ligent, alegre, interessant, perquè que aquesta persona no vulgui estar només amb mi i de cop vagi a veure d’altres.
• La vergonya : visc en relacions no-monògames, però sento gelosia, aleshores reprimeixo expressar-ho.
• La desestabilització : sento que l’altre canvia quan té una nova relació i això m’exigeix cada vegada un temps llarg, d’adaptació més o menys difícil per gestionar les emocions.
a moltes altres…
Però, de veritat, es tracta realment de la gelosia? I, de fet, què és la gelosia? Sota aquest mot, hi ha diferents elements que se’ls agrupa sota « el paraigües » de la gelosia i que no ho són pas necessàriament. En vull donar alguns exemples. Només la primera definició correspon a la gelosia.
Gelosia mot maleta :
La gelosia : un desig exclusiu de possessió de l’altre, tan del seu afecte com del seu temps. En aquest sentit, tota persona (o una acció, o una cosa: un esport, treball, etc) que s’immisceix en una relació, o que est sospitosa de fer-ho, provoca un malestar.
Altres aspectes considerats com a gelosia:
1. L’enveja: un desig de possessió material o física. És a dir, voler posseir el que l’altra persona té i compartir-ho. Per exemple, una persona no va mai a certs llocs, o no comparteix algunes activitats amb nosaltres, però sí amb d’altres.
2. La mentida, la traïció, la dissimulació : tenir una necessitat de saber el que passa, el que arriba, de claredat, de dialogar ja que hi ha la intuïció que alguna cosa no s’ha dit. El cas més freqüent es dóna en les relacions amagades, secretes, o no explicitades (ell/ella diu que és un/a amic/ga però la relació és també sexual o bé, ell/ella diu que ells/elles han anat al cine i de fet ells/elles estaven a casa d’ell/ella, …)
3. Voler protegir, « salvar », cuidar de l’altra persona i tractar de evitar-li les relacions que jutgem potencialment o realment perjudicials per a ella, el seu entorn (els seus fills), per a ella o per a nosaltres mateixos.
4. Desitjos desembocats: per exemple, voler veure molt sovint algú/na que no pot o no ho desitja, ja sigui per raons de treball, de necessitat d’espai per a ell/a o de solitud, de tenir d’altres relacions sexo-afectives, de passar temps amb d’altres persones siguin les que siguin.
I després, pot haver-hi tota mena de situacions que poden ser interpretades com de gelosia i que no ho són necessàriament. Per exemple, tenir necessitat en certs espais nous de ser tranquil·litzats per la presència de la nostra parella i sentir-se malament de trobar-se sol/a en aquell moment allà, quan ell/ella es comuniquen fàcilment amb persones noves[5].
En totes aquestes situacions hi ha un concepte transversal que és aquell del « dret de mirada » (cf article de Pere Picornell https://nonmonogamie.wordpress.com/…/le-droit-de-regard-la…/). Per què, pel sol fet d’estar en relació sexual i/o afectiva, ens atorguem el dret de saber el que l’altre fa, amb qui ell/ella està, on ell/ella és o va, …? Quan això forma part de la llibertat individual de cada persona, de poder disposar del seu temps, de retrobar-se amb qui desitja i de circular lliurement.
Per què, pel sol fet d’estar en relació amb algú/na hauríem de conèixer tots els seus fets i gestos, supervisar tot el que ell/ella faci o deixi de fer, establir contractes amb límits i/o restriccions?
Com arribar a resoldre aquests conflictes :
Hores d’ara, em sembla important arribar a determinar on ens situem, en les diferents formes d’expressió presentades fins aquí, del que s’entén comunament com a gelosia. També com reconèixer les expressions. Identificar-les és ja un primer pas per poder-les gestionar i viure les relacions plurals sense patir-les (massa).[6]
És aleshores que és possible de treballar sobre el que les provoca. En la meva experiència, a la meva consulta, treballo sovint amb una perspectiva intergeneracional (generacions vivents) i transgeneracional. Puc explicar-ho de la manera següent : en presentar una problemàtica, apareixen elements com secrets, silencis i repeticions. Par exemple, el fet d’una avantpassat-àvia nascuda d’un adulteri sempre ha estat amagat, a vegades acompanyat d’un sentiment d’injustícia (mare davant el seu creixement sola i essent rebutjada per la societat, mare havent de casar-se amb algú que ella no volia, perquè ell reconegués el fill, mare que avorta perquè això no se sàpiga …). Altra possibilitat : un/a avantpassat que a sofert nombroses « relacions amagades » de la seva parella. L’una o l’altra d’aquestes situacions poden trobar-se a casa d’una persona vivint molt malament la – o les altres – relació/ons de la seva parella, quan en teoria, ella viu i desitja el mateix, viure bé, amb relacions non-monògames. Ella ho patirà, podrà estar subjecta a una profunda tristesa, una gran inseguretat, un sentiment d’abandó, pors irracionals, tenir problemes alimentaris, d’alcoholisme o altres addicions destructives, qui no són altra forma d’expressar els ressentiments soterrats. Comprendre això pot permetre treballar els seus propis ressentiments quan una nova relació arriba dins d’una configuració non-monògama i sortir-se’n.
D’altra banda, no és necessari anar tan lluny. El reconeixement, després d’interrogar-se sobre l’origen, de les nostres expressions de gelosia pot permetre accedir a allò que ha pogut passar a la infància, o a les relacions anteriors, i així comprendre millor els nostres ressentiments.
En qualsevol cas, no veure la gelosia com a un tot, però entenent les diferents manifestacions i expressions, pot ja aportar un principi de comprensió i pistes per treballar-la. El diàleg i l’intercanvi a la parella, així com l’acolliment de les pròpies emocions i les d’altres persones en la relació, són igualment aproximacions excel·lents per arribar a gestionar-la. Tant com desconstruir els esquemes presents a la nostra societat, sobretot a través dels medis i les produccions culturals, com les novel·les, els films, les obres de teatre et d’altres, que volen que l’amor i la gelosia vagin de la mà.
Per acabar, no oblidar que la gelosia pot ser utilitzada com un veritable instrument de control sobre l’altre (supervisar els seus fets i gestos, l’ús del seu temps, el seu telèfon, el seu ordinador …) i en aquest cas, es tracta d’una forma real de violència psicològica.
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[1] Utilitzo el terme « relació sexo-afectiva » de preferència als adjectius « sexuals » o « amorosos » o « amicals ». Considero que les relacions poden ser tot això alhora, o solament un dels components segons les persones o els moments.
[2] Manca de fidelitat, de respecte a un compromís. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/
[3] Violació del deure de fidelitat entre els casats. Larousse http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/
[4] L’article 212 del Codi civil, recordat per l’oficial d’estat civil a l’hora de la celebració de cada cerimònia de casament, preveu expressament que « els esposos es deuen mútuament respecte, fidelitat, ajut i assistència ».
[5] El que és el meu cas, probablement perquè sóc neuroatípica.
[6] Em sembla evident que una bona comunicació amb las nostres relacions és indispensable i ha de ser la base de tota relació.

La maltraitance psychologique, la manipulation, dans les relations LGBT, BDSM, libertines et le polyamour … (2) Golfxs con principios.

William Henry Bradley « When hearts are trumps by Tom Hall » 1894, MNAC, Barcelone20150909_132206-800x440

Hier, c’était le 25 novembre, Journée Internationale contre les Violences faite aux Femmes. Je n’ai pas pu finir la traduction de cet article à temps, c’est pour cela que je ne le publie qu’aujourd’hui.

Le 20 janvier prochain, je vais animer un espace de parole sur « Maltraitance, manipulation, abus et violences (physiques et psychologiques) dans les relations alternatives à la monogamie hétéronormative ». Je suis en train de réfléchir à un article sur le sujet. En cherchant de l’information concernant plus particulièrement les milieux polyamoureux, j’ai trouvé cet article du blog Golfxs, dont j’ai déjà publié un article [1]. Il s’agit de la 2e partie d’un résumé d’une conférence donnée en 2014, à leur demande, afin d’informer les personnes qui vivent des relations sexuelles et affectives alternatives. J’ai tenu à compléter certains points, lorsque cela m’a paru nécessaire, par des notes (NDT) en bas de page.

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La maltraitance psychologique, la manipulation, également dans les relations LGBT, BDSM, libertines et le polyamour … (2) (30/09/2014)

Pour « Golfxs con principios »[2], la maltraitance, qu’elle soit physique ou psychologique est un sujet qui mérite toute notre attention. Encore plus spécialement, lorsqu’il s’agit de celle qui a lieu dans les relations non-conventionnelles.  Car à l’intérieur de ces identités, pratiques ou relations non-conventionnelles, il existe toute une série de facteurs qui peuvent faciliter les situations de maltraitance.

C’est pour cette raison que dimanche dernier nous avons invité Marina, psychiatre spécialisée en Diversité Sexuelle et de Genre, à venir nous parler concrètement de ce thème. Nous avons publié (hier) une première partie [3] dans laquelle elle expliquait les mécanismes qui rendent possible ces abus (la persuasion coercitive) identifiés initialement chez les prisonniers de guerre, puis appliquée à l’analyse des relations hétérosexuelles monogames.

Voici un résumé (de la suite) de la présentation de Marina, concernant les relations non-conventionnelles :

Facteurs qui facilitent la violence psychologique dans des relations non-conventionnelles (LGBT, BDSM, libertinage, polyamour …)

C’est compliqué de trouver des informations sur la violence psychologique dans ce type de relations. Dans le cas des relations BDSM, il est possible d’en trouver uniquement au sujet de la différence entre BDSM et maltraitance, mais pas lorsque cette pratique sert à masquer la maltraitance. Et aucune information à ce sujet, en ce qui concerne le polyamour.

Il est pourtant important de l’analyser dans ce type de relations car il y a des facteurs qui facilitent la maltraitance :

1 – La personne qui agresse ou maltraitante est depuis longtemps dans cet environnement et peut même avoir un certain « rôle de mentor ».

Ex: « Tu sais bien que les relations lesbiennes/gays/BDSM/ouvertes/polyamoureuses/libertines … sont comme ça ». 

2 – La notion de secret. La situation empire lorsque la victime ne peut pas expliquer à son thérapeute ou à son médecin, ou à son centre médico-psycho-pédagogique (CMPP) qu’il s’agit d’une relation BDSM ou ouverte (car ce sont des relations « mal vues ») et fait que le silence soit encore plus grand. La victime peut avoir peur de demander de l’aide car elle devra expliquer la nature de la relation à des personnes qui ne la comprendront peut-être pas.

Ex : « J’avais accepté d’avoir des relations en public et de choisir avec qui j’aurai du sexe, mais pas que ce soit 6 personnes en même temps et que mon NON ne soit pas respecté ».

3 – Créer un sentiment de culpabilité en disqualifiant l’autre en lui disant qu’elle.il est trop mijaurée, pas assez transgresseuse.eur, homophobe ou transphobe. Dans le cas de relations non-conventionnelles il est possible d’accuser de normativité avec la même finalité et utiliser cet argument pour aller au-delà des limites de cette personne.

Ex : « Tu n’es pas une personne aussi ouverte que tu dis l’être ».

4 – Dans les relations LGBT, il a été démontré que les personnes qui ont subi des expériences de harcèlement scolaire, de bullying, de transphobie, d’homophobie, sans pouvoir s’en défendre, ont plus de probabilité de se retrouver dans une situation de maltraitance psychologique. Il s’agit donc d’un facteur de vulnérabilité ajouté.

5 – La différence d’être sorti.e ou pas du placard. Si la personne qui agresse à fait son coming-out mais pas l’agressée, il lui est possible de la menacer de le dire, de parler avec sa famille, ses collègues, ses ami.e.s  et leur expliquer quel est le type de relations ou de pratiques qu’elle a.

6 – Dans les relations non-conventionnelles le fait que la personne ne se perçoive pas comme une victime, ou ne soit pas perçue ainsi par son entourage, est un facteur en plus. Ou bien encore, qu’elle ne souhaite surtout pas être considérée comme une victime car cela porterait atteinte à son estime de soi de devoir admettre qu’elle a été ou qu’elle en relation avec une personne agresseuse ou parce qu’elle n’arrive plus à y voir clair, à savoir où elle en est.

Pour tous les cas présentés, il faut bien tenir compte qu’une situation isolée, par exemple que l’on soit accusé.e de transphobie, ne veut pas dire qu’il s’agit d’une situation d’abus ou de maltraitance. En réalité, il faut le voir comme un processus, comme un ensemble d’actions de d’attitudes qui se répète systématiquement.

Il ne s’agit pas de se concentrer sur ce que fait ou ne fait pas l’agresseuse.re, mais bien plus sur notre ressenti. Par exemple, s’il y a un sentiment de peur ou de culpabilité, si on a l’impression d’avoir tout le temps à « marcher sur des œufs », si un rien le.la met en colère, …

Que peut-on faire depuis l’extérieur ?

Qu’est-il possible de faire, en tant que tierce personne, alors que nous sommes en dehors de cette relation de maltraitance, pour aider une personne que nous pensons être victime de violence psychologique ?

1 – Etre présent.e. C’est bien plus fatigant que ce que l’on imagine au premier abord. Avoir envie d’arracher de force la personne d’une relation abusive qu’elle est en train de vivre, ne servirait pas à grand-chose. Rester à ses côtés, l’emmener se divertir afin de qu’elle sorte de son isolement, faire des activités agréables ensemble, comme aller au cinéma, lui proposer des lectures, des vidéos, de rencontrer des personnes ayant eu ce même vécu et en sont sorties[4], est bien plus utile …

2 – Lui montrer comment agit son.sa partenaire peut fonctionner s’il.elle est en train de passer par une période de violences et il y a une réelle possibilité qu’il.elle réalise dans quelle situation il.elle est. Mais s’il.elle dans une période de NRE ou passionnelle, il.elle ne pourra pas le voir ou trouvera des excuses aux comportements de maltraitance, ce qui risque de la contrarier et conduire à un éloignement de la personne agressée, ce qui contribuera à son isolement.

3- Faire en sorte que le cercle autour de la personne agressée soit agréable, l’amener dans des environnements accueillants et bienveillants, qui peuvent l’aider à améliorer son estime de soi et prendre des forces pour s’en sortir.

Pour finir, il est important de rappeler que :

  • Absolument tout le monde peut être victime de maltraitance psychologique, entrer dans des relations toxiques, souffrir de violence psychologique. Ce n’est pas propre à un type de personnalité donné, ni à une situation concrète, ni à des niveaux d’instruction. Cela peut arriver vraiment à n’importe lequel/laquelle d’entre nous.

Ex : Cela arrive souvent d’entendre « comment cela a pu m’arriver alors que je suis une personne indépendante, que je me considère comme une personne sensée, j’ai fait des études universitaires ? »

  • La personne qui agresse dit TOUJOURS, « je vais changer», « je vais être quelqu’un de merveilleux », « je vais t’aimer plus que n’importe qui ». Les phases de regrets et de promesses font partie du cycle de violence [5].
  • Si la personne qui agresse s’en sort bien, si elle ne sent pas d’angoisse, si elle ne s’interroge pas sur son comportement, il n’y a pas de possibilités qu’elle change.
  • Il est habituel que les personnes maltraitantes ne voient pas qu’elles le sont. Elles disent que c’est l’autre qui les a provoqués, qui les a fait sortir hors de leurs gonds, …
  • Il est possible qu’il y ait maltraitance psychologique également de la part d’une personne soumise.

Ex : « Si tu pars, je me tue ».

  • S’il y a un doute quant à savoir si on se trouve ou pas dans une situation de maltraitance, n’est PAS de se demander si l’autre nous maltraite ou pas, mais de se demander comment MOI je me sens, où j’en suis ?[6]
  • Il arrive que l’on dise d’une personne qui a un comportement abusif, que c’est une personne qui « a un fort caractère ».
  • La maltraitance psychologique, la violence psychologique, la persuasion coercitive, ce ne sont pas des querelles de couple. Il s’agit d’un processus lent, au compte-goutte, petit à petit. En sortir est également un processus qui prend du temps.
  • Au lieu de se centrer sur les agressions et comment les éviter, il est important de se centrer sur qui les commets, comment et pourquoi. En connaître les mécanismes afin d’éviter la maltraitance. [7]
  • Il est difficile de se rendre compte que l’on est victime d’une situation de violence psychologique (ou qu’il y a agression), si cela fait partie d’un comportement considéré comme « normal »[8]

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[1] https://nonmonogamie.wordpress.com/2016/07/18/le-syndrome-de-la-persone-polyamoureuse-parfaite-ppp-la-moscacojonera-in-golfxs-con-principios/

[2] http://www.golfxsconprincipios.com/quienes-somos/#quees

Présentation de Golfxs : Nous sommes un groupe de personnes qui apprécie le sexe non conventionnel entendu comme un loisir, comme manière de socialiser, de faire des rencontrés. Dans le groupe il y a des bisexuel.le.s, des fétichistes, des couples ouverts, des BDSM, des lesbien

nes, des gays, des trans, des  queers, des polyamoureux, des libertins, etc., etc.. Même des hétérosexuel.les! Des personnes qui viennent d’arriver et d’autres qui sont ici depuis beaucoup d’années … Des amitiés depuis toujours, des personnes que nous venons de connaître … Beaucoup de variété. Nous ne croyons pas que l’on doive nous traiter comme si nos goûts étaient un problème médical, ni « nous éduquer » comme s’il y avait seulement une manière unique de faire les choses. N’importe quelle conduite sexuelle est digne d’estime, si elle est toujours pratiquée avec le consentement des personnes participantes et en arrivant à des accords de sexualité sûre, en partageant la philosophie du mouvement « sex positive ». Que le sexe nous plaise ne signifie pas que nous sommes monothématiques, ou que toute notre vie tourne uniquement autour de cela. Nous avons beaucoup d’autres facettes dans la vie, nous avons une famille et beaucoup d’autres centre intérêts, des professions des plus variées … Certain.e.s d’entre nous appartiennent à plusieurs de ces groupes et nous ne voulons pas forcément nous identifier à l’un d’eux, mais par préférons prendre dans chacun ce qui nous convient le mieux ou nous fait envie. C’est pour cela que nous avons préféré de nous appeler « golfxs », au lieu des fétichistes, sadomaso, poliamoreux.euses, ou autre chose … Nous avons également en commun le fait que l’homophobie et le machisme nous gênent. Il y a des milliers d’espaces où cela n’importe pas autant qu’ici. Nous souhaitons un espace où cela est réellement pris en compte.

Traduction du texte « Qui nous sommes » du blog.

[3] http://www.golfxsconprincipios.com/lamoscacojonera/xxxxxx/

[4] Ces 3 derniers points sont un ajout de ma part, car je trouve que, si bien je suis d’accord sur le fait qu’arracher quelqu’un d’une situation abusive, n’est pas facile et même contreproductif, l’amener progressivement à en prendre conscience est très utile, même si dans un premiers temps la personne peut dire ne pas se sentir concernée. Dans ce sens des apports/aides indirects comme des livres, des témoignages vidéo ou audio, peuvent vraiment influer. Lui parler également de qui elle était avant d’entrer dans une relation de maltraitance, peut l’amener à prendre conscience de combien elle a changé. NDT

[5] En fait l’emprise psychologique passe par plusieurs phases :

  • Le repérage dans le groupe,
  • La séduction,
  • La prise de contrôle (par différents mécanismes), menant à la déstabilisation de la personne agressée, la faisant douter d’elle-même,
  • La culpabilisation, le sentiment de honte, la peur chez la victime,
  • L’isolement par rapport au groupe.

[6] Cela peut être aussi poser ces questions à une personne que l’on soupçonne d’être en train de vivre une situation de violence psychologique. NDT

[7] Se poser la question également de ce que cela provoque en nous : reconnaître les moments de sidération, d’aliénation de soi, de déconnexion de la réalité et de dissociation. NDT

[8] Par exemple, par son éducation, son environnement social et/ou culturel, sa famille, … NDT